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Ray & Jules : un café équitable torréfié à l’énergie solaire

Nous rêvons même d’un café capturant le carbone, c’està-dire un café qui extrait activement le CO2 de l’air, tasse après tasse.

Gert Linthout - copropriétaire Ray & Jules Tweet

Ray & Jules, c’est le subtil mariage entre une irrépressible envie de changer le monde et une formation d’ingénieur. « Le secteur du café émet 60 millions de tonnes de CO2 chaque année, un chiffre que nous souhaitons réduire à zéro. C’est là un projet ambitieux, certes, mais néanmoins réaliste. Une technologie comme la nôtre peut bousculer les codes dans un secteur qui, depuis plus d’un siècle, procède de la même manière. Et ce, avec toutes les conséquences que cela implique », nous confie Gert Linthout, l’un des copropriétaires de l’entreprise. Découvrez en première mondiale un café équitable torréfié à l’énergie solaire !

Rayons solaires et unités d’énergie

Le nom de « Ray & Jules » évoque un joyeux duo. Joyeuse, l’équipe de cinq membres qui se cache derrière la marque de café l’est certainement, mais le nom se réfère en fait aux sunrays – les rayons solaires – et au joule, l’unité internationale de mesure d’énergie. Car c’est cela qui caractérise l’équipe de Ray & Jules : une passion qui la pousse à s’attaquer à des procédés énergivores pour les rendre plus durables

Mais alors, ne le fait-elle pas par passion pour le café ? « Bien sûr que si. Nous faisons tout notre possible pour donner à notre clientèle le meilleur que le café puisse lui offrir. Mais ce n’est pas la raison première de la création de Ray & Jules », poursuit Gert Linthout, partenaire et développeur de marché pour l’entreprise.

L’idée d’une torréfaction lente à l’énergie solaire a germé dans l’esprit de son initiateur Koen Bosmans, qui, avec son bureau d’ingénieurs CEE, est spécialisé dans l’amélioration de l’efficacité énergétique des processus de production industrielle. Face au constat que les grandes entreprises alimentaires n’étaient pas très enthousiastes à l’idée d’investir dans un torréfacteur à énergie solaire, il a décidé de s’embarquer lui-même dans l’aventure. 

Un secteur impactant

« J’ai découvert que notre technologie était susceptible de générer le plus grand impact si nous l’appliquions au secteur du café. Abstraction faite de la production de viande, ce secteur est en effet, avec celui du cacao, le plus gros émetteur de CO2 dans l’industrie alimentaire. C’est par ailleurs également tout bénéfice pour le commerce équitable », nous explique Koen.

En 2017, Ray & Jules a posé le premier jalon de la réalisation de ce plan ambitieux en reprenant une usine de torréfaction artisanale près de Louvain. Avant de prendre sa retraite, l’ancien propriétaire a appris à Sarah, la femme de Koen, et à sa sœur Lieze à torréfier des cafés de spécialité de manière artisanale. Entretemps, s’étant consacré à l’aspect technologique des choses, Koen a décidé de « réinventer » la machine à torréfier. Cette approche promettait en effet des gains énergétiques plus conséquents que d’améliorer l’efficacité énergétique de l’ancienne technologie.

Les débuts n’ont pas été faciles. Lors du développement du torréfacteur, les obstacles se sont multipliés. « Même si un “inventeur” comme Koen considère que les défis sont là pour être relevés, cela s’est soldé par trois ans sans quasiment aucun revenu », se souvient Gert. L’expérience limitée de l’équipe dans la torréfaction de café constitue également un défi. « Tout comme le fait qu’en tant qu’organisation de petite taille, nous nourrissons de grandes ambitions : rendre équitable l’ensemble de la filière du café et en bannir le pétrole d’ici 2050. Nous rêvons même d’un café capturant le carbone, c’est-à-dire un café qui extrait activement le CO2 de l’air, tasse après tasse. »

Le processus de torréfaction réinventé

Koen Bosmans : « Les torréfacteurs, même expérimentés, affirmaient qu’il était impossible de torréfier le café à l’énergie solaire étant donné l’énorme quantité d’énergie nécessaire. Entendre de telles affirmations réveille la Fifi Brindacier qui sommeille en nous, mais alors avec un côté « ingénieur ». Tant que nous ne pouvons pas prouver que c’est impossible, nous continuons d’essayer. Or, en adoptant une approche différente du processus de torréfaction, qui au demeurant produit même un café plus savoureux encore, nous avons réussi à faire fonctionner notre machine à torréfier grâce aux panneaux solaires installés sur le toit ! »

Mais en quoi le processus de torréfaction classique et celui élaboré par Ray & Jules diffèrent-ils ? La machine brevetée de Ray & Jules ne ressemble en rien à un torréfacteur à tambour industriel, qui grille les grains à une température élevée pendant un court laps de temps. L’air chaud n’étant utilisé qu’une seule fois, cela se traduit par une énorme perte d’énergie. Dans le torréfacteur mis au point par Koen Bosmans pour Ray & Jules, le même air chaud circule en continu et torréfie lentement les grains de café. 

« Comme il ne consomme qu’un tiers de l’énergie comparé à un torréfacteur classique, nous sommes à même de torréfier le café uniquement à l’énergie produite par des panneaux solaires. À zéro émission de CO2 ! », se réjouit Gert Linthout. Et c’est sans parler des avantages indéniables en termes de goût.

« Le secret d’un café savoureux réside dans une torréfaction lente à faible température, qui permet aux 800 saveurs et arômes possibles de se développer. Les cafés industriels sont souvent d’une uniformité insipide. La torréfaction industrielle leur confère en outre à tous une certaine amertume ainsi qu’un goût de charbon. En effet, pour produire le plus de café possible, l’industrie procède à une torréfaction deux fois plus rapide que l’idéal ; autrement dit, elle produit des grains surcuits ! Et, au fil du temps, les grands producteurs y ont habitué les consommateurs. » 

Un café artisanal à l’échelle industrielle

« 15 millions de tonnes d’émissions de CO2 par an : telle est l’ampleur des avantages à la clé pour la planète d’une torréfaction énergétiquement neutre. Ce chiffre pourrait même grimper jusqu’à 60 millions de tonnes si l’ensemble du processus de production est durable. Nous sommes la preuve que technologiquement parlant, cela est tout à fait possible. Nous estimons donc qu’il est de notre devoir de mettre tout en œuvre pour réaliser cette ambition. Dans 30 ans, ma fille aura mon âge. Le jour où elle me demandera ce que j’ai fait pour sauver notre planète de la destruction, je ne veux pas ne pas savoir quoi lui répondre », nous confie Gert.

Un café parfaitement torréfié de qualité artisanale, sans émission de CO2, et l’ambition de faire mieux encore… que du positif ! Mais un processus de torréfaction qui prend deux fois plus de temps peut-il s’avérer économiquement viable ? « Absolument. Notre installation a été construite en prenant en compte l’évolutivité industrielle : il s’agit d’une technologie de torréfaction en continu, qui peut fonctionner 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, et qui peut être contrôlée et surveillée à distance. Notre but ultime est de faire passer l’ensemble du secteur du café à l’énergie renouvelable. Voilà pourquoi nous ne ciblons pas spécifiquement les écolos ou les vrais connaisseurs de café, mais que nous nous adressons à tous les aficionados de café. Le café sans émission de CO2 doit devenir la norme. Les buveurs de café ont le pouvoir de changer le secteur, et nous la technologie », affirme avec conviction Koen Bosmans.  

Pour l’heure, Ray & Jules mise pleinement sur le dopage des ventes. Comme l’explique Gert Linthout : « Pour avoir plus d’impact sur le secteur, nous devons nous développer. Ce faisant, c’est notre impact que nous entendons accroître, et pas nécessairement notre usine de torréfaction. Nous souhaitons voir Ray & Jules évoluer vers un réseau de petites usines de torréfaction, avec des équipes locales à travers toute l’Europe. Nous portons un regard critique sur la mise à l’échelle classique et voulons surtout éviter de créer une spirale négative tant pour les personnes que pour les produits. »

En tant que petite entreprise, Ray & Jules peut facilement relever de nombreux défis. Ainsi, quelques mois à peine après le lancement à grande échelle de la marque, le confinement dû au coronavirus a nécessité de faire preuve d’une flexibilité maximale. « Nous fournissions principalement des entreprises. Lorsque le travail à domicile est devenu la norme, nous avons donc dû nous orienter beaucoup plus rapidement que prévu vers la vente aux consommateurs. Fort heureusement, ceux-ci nous ont accueillis sans réserve et cela a même donné un coup de fouet à notre entreprise. Nous avons alors adapté notre installation afin de pouvoir conditionner de petits paquets et nous avons même recruté une personne ayant une solide expérience du marché du café… », conclut Gert avec reconnaissance.

Du café 100 % neutre en carbone 

Les ambitions vont bien au-delà de l’Europe. Si l’on veut rendre la production de café neutre en carbone, d’autres étapes du processus doivent également embrasser l’approche durable. Pour ce faire, Ray & Jules entend se rendre dans les pays cultivateurs de café. En ce moment même, l’entreprise met en place des projets pilotes avec des organisations paysannes qui ont fait le choix de pratiques agricoles régénératives et de technologies durables pour le lavage et le séchage du café.  

Et Gert Linthout de préciser : « À terme, nous souhaitons aussi torréfier le café dans les pays d’origine. Le fait que notre technologie fonctionne à l’énergie solaire et ne nécessite pas de surveillance rapprochée par un torréfacteur qualifié rendra les choses d’autant plus faciles. » 

D’ici 2030, Ray & Jules entend être en mesure de fournir son premier café 100 % neutre en carbone. À cet effet, l’entreprise est aujourd’hui en train de nouer des contacts avec de nombreux partenaires qui peuvent l’y aider. « Nous nous attaquons à chaque aspect s’avérant perfectible. Et si nous ne pouvons bien entendu pas tout faire nous-mêmes, nous estimons qu’il est de notre responsabilité de faire au moins bouger les autres. »

Une part équitable pour les pays producteurs

La transformation du café dans les pays d’origine permettra à ces derniers de percevoir une plus grande part de la valeur ajoutée. « À l’heure actuelle, seuls 10 % du prix payé par les consommateurs reviennent aux pays d’origine. Cela n’est pas juste. Voilà pourquoi nous misons à 100 % sur le café équitable. D’ici la fin de 2020, tout notre café sera certifié équitable. Et aussi, dans une large mesure, bio, » ajoute Koen Bosmans. 

 

Ray & Jules achète la majeure partie de son café équitable non torréfié à « de vieux briscards » tels qu’Oxfam Fair TradeEfico et 32cup. « Notre entreprise est encore trop petite que pour travailler directement avec les organisations paysannes », nous confie Gert. Mais Ray & Jules espère pouvoir y parvenir dans quelques années, car, de son humble avis, une simple certification ne suffira pas. « Dans de nombreux cas, le prix minimum garanti par le commerce équitable n’est pas encore suffisant pour assurer aux agriculteurs et agricultrices un revenu viable. En outre, ce système ne les incite pas à produire une vraie qualité haut de gamme. »

Or, c’est ce que Ray & Jules entend absolument offrir, et ce, au plus grand nombre de personnes possible. Et Gert de conclure : « Ce n’est qu’avec du café de qualité que nous changerons le secteur. Mais, pour avoir un impact, nous devons pouvoir vendre. Et personne ne paiera un prix équitable pour un café qui n’est pas bon. Si vous ne buvez pas de bon café, n’en buvez pas : telle est notre vision des choses ! Et c’est là même une attitude plus durable encore… » 

Pour en savoir plus : www.ray-jules.com et visionnez la vidéo sur KanaalZ (en néerlandais).

propos recueillis par griet rebry
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