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Or équitable cherche client

Dans des pays comme le Royaume-Uni et les Pays-Bas, la notoriété de l’or équitable est déjà bien implantée, si bien que certaines célébrités ont commencé à s’afficher avec des bijoux équitables. En Belgique, la progression est plus lente : vous ne trouverez que 16 orfèvres et designers de bijoux travaillant avec des matériaux certifiés Fairtrade ou Fairmined.

Saisissant

An Kindermans (Heusden-Zolder, province du Limbourg), créé des bijoux sous le nom de Ana Edelsmid. Elle a été la première orfèvre belge à opter pour l’or équitable : « Je réalisais que je fabriquais de jolies choses pour des moments uniques, avec une matière première dont la provenance était loin d’être belle. Quand j’ai découvert que de l’or équitable était apparu sur le marché en Grande-Bretagne, j’ai été directement intéressée. Cela m’a pris un an de collaboration avec Fairtrade Belgium pour que la certification existe aussi en Belgique, mais j’étais résolue à m’engager dans cette voie. »

Nele Braet, créatrice de bijoux à Wondelgem (Flandre-Orientale) a aussi fait le choix de l’équitable. Au cours d’un voyage en Amérique-Latine, elle a été profondément marquée par les conditions de travail inhumaines dans les mines.

Les mineurs artisanaux

Aujourd’hui, la ruée vers l’or est dominée par les géants industriels avec leurs gigantesques mines à ciel ouvert. Il en résulte souvent des conflits violents avec les communautés locales qui voient leurs terres accaparées et leur eau polluée. Mais une autre réalité demeure : celle d’environ 15 millions de mineurs artisanaux dont le travail, dans des mines qu’ils ont euxmêmes creusées, est physiquement éprouvant.

Ensemble, ils représentent 15% de la production mondiale. Dans ces mines artisanales souvent illégales, les conditions de travail sont déplorables : des enfants y travaillent souvent, l’usage de la drogue est fréquent pour oublier la peur de l’ensevelissement, les méthodes de production provoquent des troubles neurologiques (l’or est brûlé avec du mercure pour l’amalgamer) et tout cela pour un revenu dérisoire: un euro par jour. De quoi faire subsister une famille, mais sans lui donner l’espoir d’un avenir meilleur.

Le prix à payer est également lourd au niveau environnemental : la production d’une bague en or génère 20 tonnes de déchets toxiques et consomme 50 000 litres d’eau douce.

Il est pourtant possible de faire les choses autrement. Il existe deux labels pour l’or équitable: Fairmined et Fairtrade Gold. Les coopératives de mineurs artisanaux qui respectent une série de critères sociaux et écologiques peuvent accéder à ces labels. En échange de leurs efforts, ils perçoivent un meilleur prix ainsi que la prime du commerce équitable qui leur permet d’investir dans leur communauté.

Sans vapeur de mercure

Onze coopératives d’or sont actuellement certifiées (8 par Fairmined et 3 par Fairtrade). Parmi elles, SAMA en Ouganda regroupe 600 mineurs dans l’Est du pays. Pour obtenir la certification, la coopérative s’est soumise à un long processus consistant à restreindre fortement l’usage du mercure et à supprimer progressivement le recours au travail des enfants. Depuis 2017, SAMA peut compter sur le soutien du Trade for Development Centre pour renforcer l’organisation et diminuer sa dépendance vis-à-vis des intermédiaires, en multipliant les contacts directs avec les entreprises européennes à la recherche d’or équitable.

L’objectif est aussi de faire de la coopérative un exemple pour la région : sur le plan des pratiques écologiques, en produisant sans mercure, ainsi qu’au niveau social, en formant et informant la population locale sur d’autres alternatives.

À la recherche d’un marché

En Belgique, il n’existe pas encore de fonderie ou d’entreprise entièrement certifée équitable. Mais 16 créateurs et orfèvres travaillent tout de même avec de l’or ou de l’argent certifié. Ana Kindermans explique : « Il faut qu’il y ait plus d’acteurs sur le marché. Avec un demi kilo par an, je ne peux pas faire la différence. C’est par l’intermédiaire de Catapa (une ONG qui travaille sur la problématique des exploitations minières industrielles) que je suis entrée en contact avec les mineurs latino-américains. Ce qui m’a marqué, c’est qu’ils ne peuvent finalement vendre aux conditions du commerce équitable qu’un petit pourcentage de ce qu’ils extraient du sol. Ils ont pourtant dû investir massivement pour obtenir la certification de l’entièreté de leur mine. Pour eux, il est essentiel que le marché s’étende, sinon les coûts dépasseront les revenus, ce qui annihilera tous leurs efforts. L’or équitable mérite une place dans le marché, tout comme cela a été le cas pour les bananes dans les supermarchés. ». En moyenne, seulement 30% de l’or certifié produit est vendu dans des conditions équitables.

Géraldine Raulier, artisan-créateur de bijoux à Solre Sur Sambre (Hainaut) complète : « Je crée des bijoux sur-mesure. La symbolique du bijou est particulièrement importante. Il faut être cohérent ». Pour elle, faire le choix de l’or équitable sonne comme une évidence, mais ce n’est pas facile pour autant. « Cela correspond à qui je suis (…) mais le prix de cet or est plus élevé, donc je réduis ma marge au minimum pour que mes créations restent accessibles au plus grand nombre ».

Géraldine va chercher son or équitable 24 carats outre-Manche, où les prix sont plus bas et l’or non-allié. Car, elle tient à sa liberté de créatrice et préfère réaliser ses alliages elle-même dans son atelier. « Chaque bijoutier a sa formule », dit-elle. Et pour les créations en argent, Géraldine n’utilise que de l’argent recyclé.

Connaître, c’est apprécier

Pour Géraldine Raulier, « La plus grande difficulté réside dans le manque de communication sur l’or équitable en Belgique. Difficile de réduire les prix dans les conditions du marché aujourd’hui. L’or équitable mérite d’être mieux connu. Pourtant, cet or intéresse le public belge. » En effet, quand la créatrice explique à ses clients pourquoi elle travaille avec l’or équitable, ils sont à la fois touchés et convaincus.

C’est un processus lent, explique Nele Braet : « Pour le moment, nous sommes limités dans notre action. Je ne cache rien à mes clients. À peu près 20% des bagues que je vends sont équitables. Mon activité est trop modeste pour que je puisse moi-même fondre mon or. L’or que je confie à la fonderie peut donc se retrouver dans une production plus large, d’une centaine de bagues. Même si cela ne change rien au soutien offert aux mineurs artisanaux, parfois mes clients trouvent cela regrettable. Voilà donc les limites avec lesquelles je dois composer. Certains produits semi-finis, certaines pierres précieuses que je ne façonne pas moi-même, n’existent pas en Fairtrade. Mais si la demande augmente, les possibilités et les choix augmenteront certainement. »

Le problème n’est pas tant le prix – l’or Fairtrade ne coûterait que 10 à 15% plus cher – que la méconnaissance du public. Nele Braet explique : « Les demandes ont considérablement augmenté après ma participation au Fair Fashion Fest de Gand, car cela m’a donné l’opportunité de présenter l’or Fairtrade à un public plus large ». « De la même manière, l’année dernière, des clients sont venus après avoir vu mon passage dans une émission de la télévision publique flamande consacrée à l’or équitable. Je suis convaincue que l’or équitable a un bel avenir si nous parvenons à augmenter sa notoriété ».

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