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Accompagnement d’Incub’Ivoir : “On a vu une équipe se révéler”

Depuis 2016, Incub’Ivoir se positionne dans l’accompagnement des entrepreneurs de Côte d’Ivoire. Il leur fallait néanmoins mieux se positionner dans ce secteur et y trouver un meilleur business model. Dans ces étapes cruciales, les coachs du TDC ont pu apporter leur appui.

Incub’ivoir fait du renforcement de capacité en tant qu’incubateur et accélérateur auprès des entrepreneurs du pays. Le Trade Development Center (TDC) d’Enabel accompagne ce projet avec un coaching renforcé. Rencontre à distance avec Hermann Kouassi et Arnaud Yao, co-fondateurs d’Incub’Ivoir ainsi qu’avec leurs coachs Valérie Vangeel et Maxime Bacq.

TDC : Dans quel contexte s’est créé Incub’Ivoir ?

Hermann : C’était en 2016. L’aventure a commencé entre trois personnes, dont Arnaud et moi. On avait eu auparavant la même volonté de monter une entreprise en Côte d’Ivoire, mais cela n’avait pas été simple. On s’est alors dit : “Si nous n’avons pas réussi, les autres entrepreneurs issus de la diaspora risquent de ne pas y arriver non plus”. Notre réflexion se concentrait sur l’idée de faciliter l’arrivée dans l’entrepreneuriat. On a découvert l’incubation et les incubateurs et on s’est dit que c’était cela qu’il fallait faire en Côte d’Ivoire.

TDC : Hermann, quel était votre propre parcours professionnel avant Incub’Ivoir?

Hermann : Moi, je suis né et j’ai étudié ici, en Côte d’Ivoire. J’ai poursuivi mes études de 3e cycle en France. J’y suis resté pour travailler en banque en tant qu’analyste financier, puis dans la fusion/acquisition et enfin dans le conseil. Je travaillais sur plusieurs projets en lien avec l’Afrique et particulièrement la Côte d’Ivoire. De fil en aiguille, on a monté un club entre plusieurs acteurs de la diaspora. Et, quand on a lancé Incub’Ivoir en avril 2016, j’ai tout abandonné en France et je suis revenu pour m’y consacrer !

TDC : Quels étaient vos objectifs aux débuts d’Incub’Ivoir ?

Hermann : Dès le début, on s’est rendu compte qu’il existait beaucoup de projets de la diaspora que l’on pouvait accompagner, mais aussi et peut-être surtout des projets locaux. On avait un déficit de financement. Donc, on se disait qu’on allait pouvoir se financer en entrant dans le capital des entreprises accompagnées. C’était notre business model de départ. On avait déterminé trois secteurs d’activités à accompagner : l’agriculture, la fintech et les services aux personnes.

En 2017, on a reçu notre premier soutien grâce au programme “Entreprendre chez les jeunes et les femmes” de l’OIF (Organisation Internationale de la Francophonie). On avait à peine 6-7 mois d’existence lorsque nous avons été sélectionnés pour la Côte d’Ivoire sur une liste de 15 structures évaluées. Le projet OIF a duré 2 ans et nous a apporté un appui financier et technique à hauteur de 130.000 euros qui a permis de structurer l’organisation et de lancer notre premier appel à projet « Environnement Start-up ». Ce dernier a rencontré un véritable succès avec deux promotions et 10 projets incubés en deux ans. 100% des projets de la promo 1 sont aujourd’hui des entreprises. Sur la 2e promo, le chiffre est moins élevé car on a commencé à prendre conscience de toute une série d’obstacles. Incub’Ivoir était dans sa troisième année et on voyait les limites de notre business model. Aussi, on cernait plus nettement les freins à l’entrepreneuriat en Côte d’Ivoire.

TDC : Qu’avez-vous mis en place pour dépasser ces obstacles ?

Hermann : À partir de 2019, on a entamé une réflexion en interne sur le positionnement, sur ce que l’on souhaitait en tant que fondateurs et sur comment sourcer les entreprises. Et c’est à cette époque que l’on a répondu à l’appel à projets du TDC d’Enabel. Le premier diagnostic et la vision à plus ou moins cinq ans que l’on a proposé ont permis notre sélection pour le programme de coaching. C’était un excellent timing : on était dans une phase de migration et on cherchait un nouveau modèle sur lequel partir. Le programme TDC a été important pour clarifier nos idées et faire le lien avec nos équipes. Aujourd’hui, tout s’imbrique. Depuis le coaching, on a pu signer un projet pilote avec la coopération allemande (GIZ) « Mon Cacao Autrement », qui a été un succès, et nous avons lancé en novembre 2021 un programme sur 3 ans. Il se nomme “Agripreneurs de Demain »”. 

TDC : Dans quel état d’esprit étiez-vous au moment du premier diagnostic avec le TDC ?

Hermann : C’était dur. Nous étions dans une phase de réflexion sur notre volonté de continuer l’aventure ou non. On n’avait pas forcément une vision super claire de l’avenir, mais on savait que, pour limiter le risque, il fallait limiter le nombre de secteurs d’activités dans lesquels on intervenait. On a décidé de se spécialiser dans l’agriculture et de développer notre appui à ce niveau. Au départ, on était très orienté Agritech, c’est-à-dire Agriculture et Technologies, mais aujourd’hui on a un impact et un travail sur l’ensemble de la chaîne de valeur agricole.

 TDC : Comment se sont passés les premiers contacts entre Incub’Ivoir et vous, Valérie et Maxime, les deux coachs missionnés par le TDC ?

Valérie : Le coaching a commencé avec le COVID en 2020. On a très vite décidé de faire deux approches en parallèle : une approche stratégique avec Hermann et Arnaud ; et un travail avec l’équipe, son fonctionnement, ses rôles et l’apprentissage de ses métiers. Sur la stratégie, on a pu se voir à Paris deux jours complets avec Hermann et Arnaud et on a énormément avancé. Ces journées ont vraiment structuré tout le travail.

Maxime : Oui, ces deux jours ont permis d’atterrir sur une stratégie qui consistait à se recentrer sur le secteur agricole. Ce repositionnement a été super assumé très rapidement, ce qui allait bien au-delà de nos espérances. C’était un revirement ambitieux et important. Puis, le pas a été bien emboîté par l’équipe qui avait forcément beaucoup de questions sur ce que cela allait représenter par rapport à ses compétences, son travail quotidien, etc. L’ensemble de l’accompagnement a découlé de là. 

TDC : Hermann, pas de regret quant à ce recentrement des activités ?

Hermann : Non pas du tout. On était conscient du fait que c’était nécessaire et, en amont, on avait déjà testé un programme d’accélération notamment avec l’Ambassade des Pays-Bas en Côte d’Ivoire, dans le domaine agricole. Puis, l’agriculture est un spectre dans lequel on se sent à l’aise de par l’Histoire du pays.

TDC : Comment les changements ont-ils été vécus au sein du personnel ?

Hermann : À l’époque, nous étions une équipe de 6 personnes qui travaillaient sur différents secteurs d’incubation. L’annonce du recentrement d’activités a été accompagnée par les coachs après la séance de travail à Paris. Les équipes ont ressenti une certaine confiance du fait que le changement de stratégie était validé par deux experts externes très investis. Cette triangulation du dialogue entre “les boss”, deux coachs et l’équipe a aussi permis de libérer la parole : nous avons pu parler des craintes et aspirations de chacun et chacune, mais aussi du bien-être au travail.

TDC : Est-ce que vous sentez une évolution dans votre compétence “Management” suite au coaching ?

Hermann : Énormément ! En tant que fondateur et manager d’équipe présent au quotidien dans la structure, j’ai tendance à être très exigeant. Parce que j’ai investi beaucoup, j’attends de l’équipe de l’autonomie et des résultats. Mais, de par toute cette pression, je ne pouvais pas tout entendre aussi bien qu’aujourd’hui. Le coaching m’a permis de prendre le temps de m’intéresser au pouls de l’entreprise, d’avoir un véritable miroir, de comprendre la perception que les équipes avaient de moi, de comment je pouvais être parfois excessif dans des prises de décision, etc. Et, en retour, les collaborateurs et collaboratrices ont pu se mettre à ma place et comprendre que ce n’est pas toujours évident d’avoir mes responsabilités. Cela a créé beaucoup d’apaisement, de synergie et la possibilité d’une co-construction. Aujourd’hui, nous sommes passés à 12 personnes avec 5 nouvelles recrues qui ont pris leurs repères. Et nous espérons encore recruter.

TDC : Valérie / Maxime, qu’avez-vous observé pour votre part ?

Valérie : Aussi bien Hermann qu’Arnaud étaient présents tout le temps de ce travail avec l’équipe. Parfois, en Afrique comme en Europe  ce n’est pas le cas : on nous dit “Vous gérez avec mon équipe”. Donc c’était là une attitude très positive qu’Hermann et Arnaud ont adoptée, cela montrait clairement l’importance qu’ils accordaient à leur équipe qui, par ricochet, s’est mise en action.  On a vraiment vu cette équipe évoluer avec une vraie prise en main dans leur dynamique et leurs responsabilités.
Maxime : En effet. On a vu les personnes s’ouvrir malgré le fait que certaines séances étaient distancielles. On a vu de jeunes professionnels qui savaient pourquoi ils étaient là gagner en assurance et en curiosité. Hermann et Arnaud ont aussi évolué : ils ont dû se rendre plus disponibles et ouverts à la critique et ça, on a pu aussi l’observer ! Cela permet de grandir sereinement et d’être légitime sur ses thématiques dans son écosystème.

TDC : Quelles sont les perspectives d’avenir et de développement d’Incub’Ivoir à présent ?

Arnaud : Notre objectif est de faire d’Incub’Ivoir l’incubateur incontournable auprès des organisations internationales. Pour ce faire, nous voulons développer nos compétences et disposer de ressources qualifiées dans le secteur agricole. On a dans l’idée de développer un pôle d’expérimentation et un laboratoire avec certains produits agricoles ! Et on a bien sûr l’envie d’ouvrir d’autres structures dans le pays et éventuellement dans la sous-région. Mais, à court-terme, on s’efforce d’être le numéro 1 à notre échelle et, pour cela, le renforcement en capacité est nécessaire. L’appui de Valérie et Maxime a été très important pour nous recentrer sur notre stratégie, revoir la raison d’être d’Incub’Ivoir et prendre le recul nécessaire. Cela nous permet au quotidien de challenger notre nouvelle orientation avec de nouveaux outils. On est sur la bonne voie, je crois. On a un cas pratique avec le projet « Agripreneurs de Demain » qui va nous permettre de solidifier notre assise. Et enfin, très concrètement, on voudrait augmenter notre chiffre d’affaires, aller chercher plus de projets comme celui-là, faire monter en interne les compétences en recrutant d’autres pour exporter notre philosophie et manière de faire ailleurs dans le pays, voire plus loin.

TDC : Une anecdote de coaching à partager ?

Valérie : On a eu de gros désaccords sur rien… excepté les résultats des matchs de football ! (rires)

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