Afrique du Sud petit producteur Heiveld récolte 2007_LS

L’Oasis des Saveurs : le juste prix du thé

L’Oasis des saveurs propose des thés et tisanes bio et équitables depuis près de 30 ans. Véritable précurseur en la matière sur le marché belge, l’entreprise de Waret-la-Chaussée compte aussi dans sa gamme des épices et des produits cosmétiques naturels. Avec toujours la même approche : proposer des produits savoureux et sains à un prix juste.

Alain Jassogne est le fondateur de l’Oasis des Saveurs. Il est revenu avec nous sur cette aventure professionnelle vieille de trente ans pour en raconter les coulisses et la réussite, mais aussi évoquer les difficultés d’accès à la certification pour une entreprise comme la sienne dans un marché en pleine explosion. Car le bio a résolument le vent en poupe. Du commerce dédié aux étals de nos marchés, en passant même par les rayons de nos supermarchés, les produits estampillés « bio » sont partout et révèlent un tournant important dans nos habitudes de consommation.

Mais leur qualité et leur traçabilité ne sont pourtant pas toujours au rendez-vous, dénonce l’entrepreneur. Et le label n’offre pas nécessairement au consommateur la garantie du respect de normes relatives au travail alors que proposer aux producteurs et aux agriculteurs les meilleures conditions commerciales tout en fournissant aux consommateurs une gamme de produits sélectionnés avec soin est l’approche soutenue depuis toujours par L’Oasis des Saveurs. Lancée en 1991 et certifiée par la World Fair Trade Organisation (WFTO – L’Organisation mondiale du commerce équitable) depuis janvier dernier, la petite entreprise a su trouver sa place dans ce marché en ébullition.

Du bio avant l’heure

L’histoire de L’Oasis des Saveurs démarre en 1991. Après des études de diététique, Alain Jassogne se lance comme indépendant et commercialise des produits de thermalisme issus d’une station du sud-ouest de la France. Il présente ses produits au salon bio Valériane et y rencontre un commerçant luxembourgeois spécialisé dans les thés et tisanes et qui cherche un partenaire en Belgique. Après deux ans de collaboration, celui-ci part en France pour créer Les Jardins de Gaïa. Alain Jassogne reprend la distribution des produits venant d’Allemagne et étoffe sa gamme par des infusions.

Dès le début, s’approvisionner via l’agriculture biologique est pour Alain Jassogne une évidence, mais le thé bio en est alors à ses balbutiements : « A l’époque, on ne parle pas encore beaucoup de thé vert aux multiples qualités, ni de rooibos qui n’est pas commercialisé du fait de l’Apartheid. Les producteurs n’étaient pas non plus sensibilisés aux enjeux de l’agriculture biologique et il n’existait pas ou peu de contrôles en la matière”, se remémore-t-il, “Mon fournisseur allemand avait cependant déjà pris l’habitude de faire analyser tous les produits au niveau des résidus de pesticides. »

Très vite, la demande pour ce type de produits s’est accrue, en particulier celle portant sur les tisanes de fruits et les thés verts. La toute jeune société a ainsi rapidement progressé. Avec, en parallèle, la volonté ferme de proposer des produits de qualité à un prix juste : « Le bio pour le bio ne nous a jamais intéressés. Le goût a toujours été l’une de nos priorités, avec la garantie d’une chaîne de production qualitative, dans le respect de chacun, des petits producteurs comme des travailleurs ».

La crise de la vache folle et celle de la dioxine ont donné lieu un changement important des habitudes de consommation, marquant un intérêt grandissant pour les produits naturels issus de l’agriculture biologique. En 1999, Alain Jassogne, lui, passe du statut d’indépendant à celui de gérant de “L’Oasis des Saveurs SPRL” et crée sa marque “L’Oasis des Saveurs”. L’entrepreneur voyage et augmente ses connaissances dans le thé : Chine, Japon, Vietnam, Inde, Afrique du Sud. Il multiplie les rencontres et engage son premier employé à mi-temps afin d’assurer le conditionnement des thés en sachet et préparer les commandes.

L’Oasis des Saveurs compte aussi dans sa gamme des savons, des cosmétiques bio et des épices – cardamome, gingembre, cannelle – et de plantes. Des épices qui proviennent de l’hémisphère sud mais aussi du Portugal, des Pays de l’Est via l’Allemagne ou encore de France – herbes de Provence, bouquets garnis. « Les herbes de Provence sont généralement des mélanges de plantes qui viennent d’ailleurs. Nous travaillons exclusivement avec la France. » Pour consolider sa gamme d’épices, L’Oasis des Saveurs travaille avec Terra Madre, marque d’épices des Jardins de Gaia. « Les cultures de thé bio sont souvent mixtes et les petits producteurs en Inde produisent également des épices. Ce sont les mêmes producteurs qui nous fournissent des épices, la synergie est donc très intéressante ».

Aujourd’hui encore, malgré les différents contrôles des organismes certificateurs biologiques, les sociétés avec lesquelles Alain Jassogne travaille font réaliser des analyses complémentaires sur tous les produits avant de les commercialiser.

Revaloriser les petits producteurs

L’entreprise travaille avec les mêmes partenaires depuis 30 ans, au nord comme au sud : « Cela nous permet le suivi des produits et de veiller à la qualité de la chaîne du travail ». Une fidélité qui permet également à Alain Jassogne d’observer l’impact de l’évolution du marché sur les petits producteurs : « Grâce à mes différents voyages dans les jardins de thés, nous avons la chance de travailler avec des producteurs répartis en Chine, au Japon, au Vietnam, en Afrique du Sud pour le rooibos et en Inde, au Darjeeling et au Kerala. L’évolution récente du niveau de scolarisation des jeunes dans ces régions a pour conséquence de diminuer le volume de main-d’œuvre, ceux-ci quittant plus facilement la terre pour travailler en ville. En réaction, de plus en plus de fermiers de petite taille s’associent en groupement de producteurs, ce qui leur permet d’être plus compétitifs, de réduire les coûts des diverses certifications et de fournir des volumes suffisants pour l’export.”

Un phénomène d’association de petits producteurs que l’on retrouve en Europe, explique l’entrepreneur : « Le tissu social des petits agriculteurs est en péril. C’est un problème de société global. Si l’on veut un avenir dans l’agroalimentaire, il faut pouvoir redonner une place, une visibilité et un salaire digne à ces petits producteurs. »

Le difficile accès à la certification des petites structures

Pour commercialiser des produits issus de l’agriculture biologique, toute structure doit  aujourd’hui avoir été contrôlée par un organisme certificateur agréé et disposer des certificats correspondants. Il en va de même pour les produits issus du commerce équitable. Or, les entreprises qui s’engagent à respecter les normes en la matière (conditions de travail et paiement d’un prix juste) font face à des coûts de contrôles qui ont un impact parfois considérable sur l’activité des petits acteurs du commerce équitable.

Alain Jassogne a ainsi d’abord travaillé avec Max Havelaar pendant plusieurs années : « L’accès au label Max Havelaar (le label Fairtrade actuel) a nécessité près de quatre ans de discussion. Leurs conditions n’étaient pas simples et nous étions de trop petits acteurs à l’époque, cela ne les intéressait pas. Ils sont revenus vers nous quand nous commencions à faire des chiffres et parce qu’ils ont réalisé avoir coupé l’herbe sous le pied à de nombreux petits producteurs et indépendants qui n’avaient pas les moyens d’assurer ces coûts.  On a pu recommencer à travailler avec eux à une certification adaptée. Mais d’autres contraintes se sont ajoutées par la suite et le cahier des charges est devenu trop imposant. La charge administrative était difficile à assumer. Il nous a par ailleurs été demandé de communiquer les recettes de nos produits aromatisés. C’était la goutte d’eau. J’ai donc fini par quitter Max Havelaar pour rejoindre la WFTO en janvier 2020 ».

Plus qu’un simple label « produits », la WFTO (World Fairtrade Organisation) propose une garantie « organisation ». Une certification qui, assure Alain Jassogne, correspond davantage aux pratiques d’une petite entreprise comme L’Oasis des Saveurs : « L’intérêt, par rapport au label Fairtrade, est de bénéficier d’une certification du début à la fin via des autocontrôles entre partenaires. La WFTO propose une certification moins connue, mais qui prône davantage la mise en avant des petits producteurs. Les entreprises certifiées s’engagent à respecter le paiement d’un prix juste dans le respect des petits producteurs, des travailleurs et de l’environnement. » C’est donc un label à la fois plus accessible et plus large, résume Alain Jassogne : « Pas besoin d’être bio avec Max Havelaar, contrairement à ce que beaucoup de gens pensent. »

Du bio à taille humaine

Comment résister et garantir l’équité de pratiques commerciales dans un marché en plein bouillonnement ? L’entreprise d’Alain Jassogne est composée d’une équipe de trois personnes, deux préparateurs de commandes et un responsable administratif. L’Oasis des Saveurs collabore  avec des magasins bios qui partagent son approche et assurent un service de proximité avec leurs clients : « Dans son magasin de village, ma grand-mère vendait du jambon et du fromage à la découpe et proposait des savons sans emballages.  Cette pratique ancestrale, la vente directe avec le service à la clientèle, est pour moi un modèle auquel davantage d’acteurs devraient revenir. L’intérêt, tant en matière d’hygiène que d’écologie, est indéniable. Et cela oblige les vendeurs à connaître leurs produits ».

Dans sa stratégie, nous confie-t-il, il y a la volonté de garantir un modèle commercial à taille humaine : « Ma vision n’est pas de monter en volume et de grandir à tous crins. On vise la qualité, le confort du travail et surtout un service au plus proche des besoins de notre clientèle. Nous conservons ainsi un espace de liberté, malgré la pression de la grande distribution et l’essor de la vente en libre-service. Et surtout, nous offrons du lien et de la qualité ».

Propos recueillis par Charline Cauchie

Photos
– Heading: Afrique du Sud, petit producteur Heiveld récolte 2007, Alain
– Afrique du Sud, petit producteur Heiveld récolte 2007
– Inde Darjeeling Jardin Seeyok cueilleuses 2006
– Inde Kerala petit producteur 2006

 

 

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