Kriskras

KrisKras, un petit acteur aux grandes ambitions

L’ASBL KrisKras a beau n’être qu’un petit acteur du secteur voyagiste en Flandre, cette organisation cartonne. De plus, cette année, elle fête ses vingt ans d’existence. De la compensation CO2 à une consommation d’eau plus responsable : Nele Decoodt, la coordinatrice, nous fait part de la vision et des valeurs de ce tour-opérateur pas comme les autres.

Nele nous reçoit dans une maison de maître bien accueillante, nichée en plein cœur de Gand. Une pièce remplie de matériel de camping nous révèle d’emblée qu’il ne s’agit pas là d’une agence de voyages de luxe. KrisKras trouve ses racines dans l’organisation rurale de jeunesse locale, Jeugd Karavaan.

« Notre objectif était alors – et est d’ailleurs toujours – d’apprendre aux gens comment voyager durablement. Nous avons entamé nos activités en organisant des camps de jeunesse et des voyages en autocar, à destination de Paris entre autres. Puis, petit à petit, nous nous sommes transformés en tour-opérateur durable. Notre philosophie se fonde sur les trois P : respect des Personnes, de la Planète et du Profit. Et même si, pour des raisons écologiques, la majeure partie de nos voyages se déroulent en Europe, nous proposons également quelques voyages lointains à orientation plus économique et sociale. Ainsi, dix ans après le tsunami, la population indonésienne réclame à cor et à cri une relance du tourisme pour stimuler l’économie. De même, à Sharm el Sheikh, la population locale souffre de l’absence des touristes. »

Nous nous sommes donc fixés pour mission de jouer un rôle de contrepoids en veillant à ce que l’argent dépensé par les touristes sur place bénéficie effectivement à la population locale. Une responsabilité qui incombe, dans une large mesure, aux accompagnateurs : nos collaborateurs de l’agence se chargent de préparer les voyages du mieux possible, mais c’est aux accompagnateurs qu’il revient de communiquer sur place avec la population afin de s’assurer que les recettes reviennent à qui de droit. S’ils le font à titre volontaire, KrisKras leur donne cependant une formation dans le cadre de laquelle ils apprennent comment mettre des outils de durabilité à disposition de ces populations, sans pointer sur elles un doigt moralisateur. « Nous soutenons les accompagnateurs en leur proposant des formations, des publications et en les mettant en contact entre eux. »

« Nous sommes parfaitement conscients du fait que le pourcentage de “fuite” est très élevé, et c’est la raison pour laquelle nous travaillons autant que possible avec de petites pensions et des marchés locaux au lieu de grandes chaînes de magasins et d’hôtels. De même, pendant les voyages, nous privilégions le caractère communautaire des activités, telles des visites à des minorités. Ce modus operandi permet à la communauté de générer des revenus en proposant elle-même un produit touristique. Par la suite, ces revenus sont idéalement répartis de façon équitable et investis dans, par exemple, l’enseignement et les installations sanitaires. »

La durabilité avant tout

Une critique souvent entendue, selon Nele, est que le tourisme durable serait une contradiction dans les termes. « KrisKras limite au maximum les voyages en avion. Nos voyages en train et à vélo remportent de nouveau un franc succès et nous proposons aussi un voyage en voilier. Et nous avons une règle d’or : pour les destinations à moins de 1.500 km, nous voyageons en minibus. »

En ce qui concerne les destinations lointaines, KrisKras a partagé la planète en cercles concentriques en fonction de la distance à parcourir. L’agence ne propose pas de voyages vers le cercle extérieur, qui comprend entre autres l’Australie, la Nouvelle-Zélande et la Patagonie. « Nous calculons la durée de séjour en fonction de la distance jusqu’à la destination : plus cette dernière est lointaine, plus la durée sera longue. Les cercles extérieurs imposeraient donc un séjour beaucoup trop long. Toute nouvelle règle chez nous doit être examinée à l’aune des critères de durabilité. C’est-à-dire qu’il faut tenir compte des éventuels vols intérieurs, de la distance parcourue chaque jour, etc. Nous voulons ainsi inciter les touristes à réfléchir à chaque étape de leur voyage, le but étant que cela suscite une réflexion chez eux et qu’ils adaptent eux-mêmes leur comportement. »

KrisKras part du principe que le tourisme durable n’est possible que si les gens sont correctement informés. « Avant chaque voyage, nous organisons une rencontre entre participants et accompagnateurs. Celle-ci leur permet de lier connaissance, mais aussi d’en apprendre plus sur leur pays de destination : la langue qui y est parlée, les situations auxquelles ils seront confrontés, les risques de choc culturel, etc. Nous remarquons que les gens sont déjà beaucoup plus conscients qu’avant. Les produits équitables, par exemple, ne sont plus marginaux, mais sont en vente dans quasiment tous les supermarchés. Dans certains milieux, ne pas avoir de voiture est même considéré comme un symbole de statut social. »

Nele compare ces évolutions au secteur touristique, où la situation est apparemment bien différente. « Le tourisme est le business à la plus forte croissance, mais il connaît des développements négatifs : les gens partent de plus en plus souvent, pour des voyages de plus en plus courts et de plus en plus lointains. Voyager loin et souvent est toujours un symbole de prestige. Ces différentes évolutions s’avèrent parfois contradictoires. Ainsi, ce sont souvent les personnes sensibilisées à l’écologie (celles, p. ex., qui achètent des produits verts, qui élèvent leurs enfants dans le respect de l’environnement, qui ont des panneaux solaires…) qui font les voyages les plus lointains. En cela, les vacances des classes sociales inférieures, qui partent en camping à la côte belge, sont plus durables. »

L’eau et l’air, des biens précieux

Les collaborateurs de KrisKras s’investissent à fond dans des formes alternatives de durabilité. « Le Gold Standard nous permet de calculer la compensation due pour nos émissions de CO2. Il n’existe, à l’échelon mondial, que trois organisations qui assurent cette compensation, dont CompenCO2, une initiative des mouvements/associations belges de défense de l’environnement et de coopération au développement. Même si cette organisation a dû fermer ses portes et que nous ne pouvons donc plus lui envoyer de paiements, nous continuons cependant à utiliser sa méthode de calcul et, pour chaque accompagnateur de KrisKras, nous transférons le montant ainsi déterminé à un projet de notre choix, bien souvent Vredeseilanden. Et comme il s’agit d’une somme conséquente, nous laissons les participants décider eux-mêmes s’ils souhaitent compenser leurs émissions de CO2 ou pas. Pour vous donner une petite idée : pour un voyage au Pérou, nous payons 167 euros pour l’accompagnateur, tandis que pour un voyage en minibus en Provence, nous ne devons débourser “que” 12 euros. Vredeseilanden investit à son tour dans des projets censés réduire les émissions de CO2. »

L’eau est un bien précieux, cela va sans dire. Une raison de plus pour KrisKras de mettre tout en œuvre pour la préserver. « Peu de personnes se rendent compte que, pendant les mois d’été, l’Espagne souffre d’une pénurie d’eau potable qui nécessite un approvisionnement par bateau. Et ce problème ne fera que s’amplifier au cours des prochaines décennies. Un Flamand consomme en moyenne 120 litres d’eau par jour, une quantité doublée en voyage. Une différence gigantesque par rapport au Ghana où la consommation avoisine les 10 litres d’eau par jour. En tant que voyageur individuel, vous pouvez certes prendre la bonne résolution de faire attention à votre consommation d’eau, mais votre geste ne représente en fait qu’une petite goutte d’eau dans l’océan », estime Nele. Il lui semble utopique de forcer les participants à adopter cette attitude, mais par contre, leur facturer à chacun cinq euros de plus pour le voyage pourrait avoir un certain impact. À la fin de l’année, le tour-opérateur double le montant récolté et l’offre à l’ONG Protos, son partenaire, qui s’investit dans une consommation d’eau plus responsable.

Des bâtiments plus grands

Quand on lui demande quel est l’avenir de KrisKras, Nele ne cache pas son optimisme. « Nous savons ce que nous voulons et comment le réaliser, et nous nous investissons de plus en plus dans l’approche durable. Et c’est bien la voie dans laquelle nous devons continuer à nous engager ; après tout, quand on se qualifie de pionnier, il faut aussi s’efforcer de le rester. Il nous faut en tout cas faire preuve de créativité dans notre travail. En effet, nos voyages ont toujours la cote auprès des jeunes de 18 à 30 ans. Le fait que nous sommes littéralement en train “d’exploser” et que nous devons déménager dans de plus grands bâtiments en dit suffisamment. »

© KrisKras
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