Lors du salon de Chocoa, nous avons parlé avec Gerald Bagonza de la Bwamba Cooperative Union (BCU) en Ouganda des défis, des succès et des ambitions de ce jeune syndicat de producteurs de cacao.
Pourriez-vous présenter BCU et décrire les caractéristiques uniques de votre région ?
La Bwamba Cooperative Union, une union de coopératives et de groupements de producteurs de cacao, a été créée en 2021. Nous sommes situés dans le district de Bundibugyo, au sein des montagnes Rwenzori. Grâce à ses sols très fertiles et à ses conditions climatiques favorables, cette région est la principale région productrice de cacao en Ouganda, représentant plus de 70 % de la production nationale. Selon les historiens, le premier cacaoyer en Ouganda a même été planté ici durant la période coloniale.
Vous êtes une jeune union de coopératives. Quel a été le principal moteur de la création de cette nouvelle union ?
La Bwamba Cooperative Union est jeune, mais c’est une union de coopératives primaires beaucoup plus anciennes. Certaines coopératives membres existent depuis plus de 10 ans, d’autres depuis plus de 20.
L’union a été créée principalement en raison des défis rencontrés par les producteurs de cacao à Bundibugyo, tels que les fluctuations des prix et l’absence de marchés durables. Lorsque nous sommes allés sur le terrain, nous avons trouvé de nombreux commerçants dans la région à la recherche de cacao, et nous avons observé que plus le volume vendu était élevé, plus le prix et le pouvoir de négociation l’étaient aussi.
Des agriculteurs avaient déjà commencé à former de petits groupes pour rassembler le cacao en vrac et les vendre à de meilleurs prix, mais ces groupes étaient informels et non reconnus légalement. Nous les avons soutenus dans leur enregistrement en tant que coopératives, les avons formés aux principes coopératifs, puis les avons réunis dans une union pour renforcer leur pouvoir de négociation.


Quelle différence de prix les agriculteurs peuvent-ils obtenir en tant que membres de la BCU ?
Les agriculteurs vendant via des coopératives peuvent gagner environ 0,20 $ de plus par kilogramme par rapport à ceux qui vendent individuellement. Avec le temps, cette différence représente un revenu supplémentaire significatif.
Nous avons rassemblé les coopératives pour accroître leur pouvoir de négociation avec les acheteurs. Deuxièmement, nous voulions que les agriculteurs puissent défendre leurs intérêts. Notre gouvernement préfère soutenir les groupes organisés. Si vous n’êtes pas organisé, vous ne recevrez peut-être pas de services.
Être dans des coopératives facilite également la formation et l’éducation. Il est difficile de visiter chaque foyer individuellement, mais en groupe, cela devient plus efficace et les agriculteurs peuvent aussi apprendre les uns des autres. Une autre raison de la création de l’union était de fournir des entrepôts. Certains agriculteurs peuvent regrouper leur cacao en vrac, mais manquent d’installations de stockage ; en tant qu’union, nous pouvons stocker le cacao en attendant les acheteurs.

Proposez-vous d’autres services aux producteurs ?
Nous soutenons les agriculteurs en les mettant en relation avec des acheteurs et des institutions financières telles que les banques et les organisations de microfinance. Nous proposons également des formations aux bonnes pratiques agricoles, à l’agriculture adaptée au climat, en finance et à la gouvernance coopérative.
Et sur la traçabilité, par exemple ?
La traçabilité est encore relativement nouvelle pour nous et est largement motivée par les réglementations récentes. Nous sommes encore en train de développer nos systèmes et serions ravis d’être soutenus par des partenaires comme Enabel.
Combien de tonnes vendez-vous à la société belge Silva Cacao ?
Silva Cacao est notre principal acheteur international depuis 2021, mais ils n’achètent actuellement qu’une petite part de notre production, principalement du cacao de spécialité bien fermenté – environ un conteneur par an. Nos membres produisent environ 720 tonnes par an, donc la majeure partie de notre cacao est encore vendue sur le marché local.
Qu’est-ce qui vous empêche de développer d’autres canaux d’exportation ?
L’un des principaux défis est la capacité financière limitée à acheter du cacao pour l’exportation. Nous ne disposons pas de fonds de roulement, et les paiements des acheteurs arrivent souvent après la livraison. En conséquence, les agriculteurs ont tendance à vendre à des commerçants qui paient immédiatement en espèces. Notre partenariat avec Silva Cacao a fonctionne bien car il offre un préfinancement, nous permettant de nous approvisionner en cacao auprès des agriculteurs.
Êtes-vous en contact avec des banques ou des institutions qui pourraient vous financer ?
Nous avons contacté des banques commerciales locales, mais les taux d’intérêt sont élevés et les exigences de garantie sont difficiles à satisfaire pour une union de coopératives comme la nôtre. Avec les prix actuels élevés du cacao, assembler ne serait-ce qu’un seul conteneur nécessite un capital considérable. Les différés de paiment (périodes de grâce) sont également très courts et ne correspondent pas au cycle économique du cacao.
Pourquoi est-il important pour la BCU de se concentrer sur la gestion financière et l’analyse des risques dans le prochain programme de coaching TDC ?
La finance est l’un de nos principaux défis. Une formation en gestion financière nous rendra plus forts. Par exemple, si nous obtenons un prêt, que nous avons réalisé une analyse des risques appropriée et mis en place des stratégies d’atténuation, nous serons mieux à même de gérer ce prêt ou toute subvention.
Avec un bon système de gestion financière, le reporting devient plus facile, et certaines banques exigent même la preuve de systèmes financiers solides. Nous avons choisi ces modules parce que nous cherchons à trouver du financement et nous voyons cela comme le début de ce parcours.
Comment pensez-vous que ce coaching améliorera la transparence et l’inclusivité de votre gouvernance ?
Un système de gestion financière renforcé améliore la transparence et clarifie les rôles entre le conseil, la direction et le personnel. Cela réduit le risque de décisions unilatérales et améliore la responsabilité.
Nous avons vu de nombreux acheteurs privés quitter le marché récemment. Comment le renforcement de la gestion des données financières avec le TDC d’Enabel aidera-t-il la BCU à construire une gouvernance plus résiliente et stable dans ce contexte ?
Il est vrai que certains acheteurs sont partis à cause de la flambée des prix. Par exemple, un acheteur avec un fonds de roulement de 100 000 dollars peut en acheter davantage lorsque les prix sont bas et moins quand les prix sont élevés. Lorsque les prix augmentent trop, ils peuvent cesser leurs activités, mais leurs coûts opérationnels restent les mêmes.
Pour nous, un avantage est que nos membres produisent eux-mêmes le cacao sur leurs fermes. Nous ne sommes pas des commerçants achetant auprès de sources inconnues. Nous devons simplement rationaliser nos finances pour que les agriculteurs puissent vendre plus facilement et dans de meilleures conditions.
Parfois, les agriculteurs vendent sous pression parce qu’ils ont un besoin urgent d’argent. À Bundibugyo, environ 80 % des cultivateurs de cacao dépendent presque exclusivement du cacao : pour la nourriture, les frais de scolarité, les frais de santé, le logement, voire la sécurité. Lorsque les prix sont bas ou lorsque les marchés s’écroulent, ils sont gravement affectés ; et lorsque les prix sont élevés, ils sont satisfaits. Certains agriculteurs louent même leurs champs juste pour gagner de l’argent.
Si nous pouvons rationaliser le système financier et offrir de meilleures options, les agriculteurs n’auront plus besoin de louer leurs champs et pourront gagner davantage grâce à leurs propres exploitations.
Il y a beaucoup d’agricultrices parmi vos membres, environ 53 %. Quel est le rôle spécifique joué par les femmes dans le secteur du cacao en Ouganda ?
Au fil du temps, le gouvernement ougandais a promu l’égalité des droits et l’autonomisation des femmes. Culturellement, les femmes étaient souvent dans une position plus faible, mais nous avons compris qu’elles jouent un rôle majeur dans la chaîne de valeur du cacao.
Dans de nombreux cas, la plupart des travaux agricoles sont réalisés par des femmes, surtout après la récolte. La terre peut appartenir à l’homme, qui possède parfois trois champs et deux épouses, attribuant un champ à chacune. Les hommes restent souvent à la maison, estimant avoir déjà « donné » l’actif, tandis que les femmes assurent le travail opérationnel.
Les femmes mettent en place de bonnes pratiques agricoles et adaptées au climat, récoltent le cacao, gèrent la fermentation, le séchage, l’emballage et même la vente. Ce sont souvent elles qui ramènent de l’argent à la maison et achètent de la nourriture pendant que les hommes restent assis. C’est pourquoi de nombreuses femmes rejoignent des groupes d’agriculteurs : elles sont responsables de leurs plantations de cacao. Beaucoup d’hommes travaillent ailleurs dans des bureaux ou d’autres professions et finissent par laisser l’agriculture aux femmes. Les femmes contribuent donc énormément à la production de cacao.
Est-ce que des femmes siègent au conseil d’administration de BCU ?
Oui. Environ un tiers des membres du conseil sont des femmes. Dans certains sous-comités, comme le comité de surveillance supervisant toutes les activités coopératives, environ les deux tiers des membres sont des femmes.
Vous avez précédemment négocié un accord de marketing direct avec Olam Uganda. Est-ce exact ?
Oui. Nous travaillons avec Olam depuis longtemps, mais c’est un commerce purement local, sans contrat formel à long terme. Ils achètent chez nous, puis exportent, mais notre reconnaissance en tant que coopérative de producteurs n’est pas visible dans cette chaîne. Les prix ne sont pas aussi bons, mais nous leur vendons parfois parce que nous n’avons pas d’autre option à ce moment-là.
Puisque vous avez mentionné le manque de visibilité et le fait que les prix ne sont pas toujours idéaux chez Olam, est-ce là que votre partenariat avec Silva Cacao fait une différence ? Proposent-ils de meilleurs prix ?
Oui, Silva Cacao propose un meilleur prix et, surtout, propose un préfinancement. Cette combinaison est très attirante. Cependant, nous devons aussi chercher d’autres opportunités de marché et ne pas dépendre d’un seul acheteur.
Nous avons de nombreux contacts d’acheteurs intéressés par le cacao, mais leurs conditions diffèrent. Certains veulent un prix FOB, d’autres ne paient qu’à destination, ce qui comporte des risques. Récemment, certaines entreprises ont été escroquées par de faux acheteurs, il faut donc être prudents.
Le cacao ougandais est assez particulier pour les chocolatiers européens. Comment décririez-vous les caractéristiques de votre cacao ?
En termes de caractéristiques, le cacao ougandais, et plus précisément le cacao de Bwamba, est unique avec des qualités organoleptiques spécifiques. C’est un cacao à la saveur fine, produit de manière biologique.
Avez-vous une certification ?
Oui, nous sommes certifiés bio. Nous avons obtenu la certification avant l’entrée en vigueur de la nouvelle réglementation européenne, et nous travaillons désormais à nous aligner sur les exigences actualisées de l’UE.
Parallèlement, nous cartographions nos exploitations pour qu’elles respectent le Règlement européen sur la déforestation (RDUE). Nous voulons garantir le respect total des règles de l’UE car l’Europe est notre principal marché d’exportation.
Les nouvelles règles de l’UE en matière d’agriculture biologique n’autorisent plus la certification de très grands groupes de producteurs. Comment faites-vous pour gérer cela ?
Nous n’avons obtenu la certification biologique que l’année dernière et n’avons pas certifié l’ensemble de nos plus de 18 000 membres. Pour respecter les réglementations, nous avons commencé avec un groupe beaucoup plus restreint et ciblé, composé de seulement 200 membres, ce qui est bien en dessous du seuil de 2 000 agriculteurs. Nous avons sélectionné ces agriculteurs selon plusieurs critères : ceux situés dans de bonnes zones tampons, loin des agriculteurs qui pourraient utiliser des intrants chimiques, et ceux qui sont fidèles à l’organisation. Ce petit nombre initial montre l’énorme écart et le potentiel d’expansion. La production biologique est vendue à Silva Cacao, et nous devons étendre la certification biologique car plus nous avons d’agriculteurs certifiés, plus nous pouvons exporter.
Nous explorons également la certification Fairtrade car certains acheteurs recherchent la combinaison de bio et Fairtrade. Si TDC ou Enabel peuvent nous soutenir dans cette direction, ce serait très utile.
Êtes-vous en contact avec ZOTO pour vous aider dans le processus de fermentation ?
Oui, ZOTO est notre partenaire de longue date depuis 2021. Zoi Papalexandratou collabore avec nous pour concevoir des protocoles post-récolte qui améliorent la fermentation et les profils de saveurs. Après avoir testé ces protocoles, nous appliquons les plus efficaces dans notre coopérative. Son expertise en traitement post-récolte a contribué à rendre le cacao ougandais plus unique.
Donc vous avez déjà votre profil de saveurs ?
Nous avons travaillé sur les saveurs avec ZOTO. Zoi nous aide à définir le profil organoleptique à travers des protocoles. Sur le marché, nous proposons des produits à base de cacao issus de ces protocoles, tels que Mwena, Mukali, Sente, Mpinduka, Sanduku et Hinduka. Les noms des marques de cacao sont dérivés de la langue locale de Bundibugyo. Par exemple, « Mukali » est produit exclusivement par un groupe de femmes et ses arômes sont épicés, herbacés, melon, eau de rose et noix de cajou. Chaque produit à base de cacao est unique en son genre.


Quels sont les principaux objectifs de votre participation à Chocoa ? Est-ce une première fois ?
C’est notre deuxième fois à Chocoa. L’année dernière a surtout été consacrée à l’acquisition de connaissances sur la conformité avec le RDUE et la certification bio. Nous avons compris les étapes à suivre, avec qui entrer en contact, et comment obtenir la certification. Nous avons obtenu des contacts utiles et finalement la certification. Nous voulions également mieux comprendre le RDUE et les tendances du marché. Avec le soutien de Trias, nous avons commencé à cartographier nos agriculteurs. Tous les agriculteurs ne le sont pas encore, mais nous avons commencé par les agriculteurs certifiés biologique.
Quels outils utilisez-vous pour cartographier les agriculteurs ?
Nous utilisons Kobo pour collecter les coordonnées GPS des parcelles des agriculteurs. La plupart de nos membres sont de petits exploitants cultivant moins de quatre acres, et nous cartographions chaque parcelle.
Un autre objectif l’an dernier était de trouver des acheteurs. Nous avons reçu de nombreuses offres de contrats, mais encore une fois, le défi est de savoir comment les gérer : il est difficile pour nous d’acheter le cacao à cause de notre fonds de roulement limité. Cela reste notre principal défi.
Cette année à Chocoa, nous voulons trouver des moyens de surmonter cette barrière financière : soit en trouvant des acheteurs capables de préfinancer comme le fait Silva Cacao, soit en étant liés à des institutions financières capables de préfinancer des contrats spécifiques. Par exemple, si nous avons un contrat pour 100 tonnes métriques, un investisseur pourrait préfinancer ce volume, nous achetons et exportons le cacao, puis remboursons le capital. C’est l’une de nos priorités absolues.
Nous recherchons également des organisations capables de renforcer notre capacité institutionnelle. Nous sommes toujours soutenus par Trias, mais leurs ressources ne ciblent qu’une partie de nos agriculteurs. Par exemple, ils peuvent travailler avec environ 1 000 agriculteurs, tandis que d’autres ne reçoivent aucun soutien. Notre idée est que si Trias travaille avec un groupe, une autre organisation comme TDC collabore avec un autre groupe, et une autre organisation avec un troisième groupe, nous pourrions toucher davantage d’agriculteurs. Notre région est sujette aux dangers climatiques, tels que les inondations et les glissements de terrain. Nous essayons de fournir un accompagnement continu sur l’agriculture respectueuse du climat et les bonnes pratiques agronomiques, mais la portée reste limitée. Nous avons besoin de plus de partenaires pour étendre ces services.
Quels sont vos plus grands défis pour les deux prochaines années ?
Notre principal défi est l’accès au fonds de roulement pour acheter du cacao auprès des agriculteurs et remplir les contrats. Si nous avions une capacité financière suffisante, nous pourrions relever plusieurs autres défis.
Un autre défi est l’écart de connaissances et l’analphabétisme parmi les membres et au sein de nos coopératives. Nous travaillons avec plus de 100 coopératives et constatons des faiblesses dans la gestion et le leadership. Certaines coopératives voient le jour et s’effondrent en trois ans à cause d’une mauvaise gestion. Lorsque les coopératives primaires sont fortes, la Bwamba Cooperative Union est forte. Si elles sont faibles, BCU aura aussi des difficultés. La capacité financière est donc cruciale, tout comme la capacité à suivre l’évolution des tendances du marché et des réglementations.
Nous souhaitons également développer un système de traçabilité qui puisse être utilisé avec tous les partenaires, plutôt que de créer un nouveau système pour chaque acheteur. Nous savons qu’il existe de nombreux outils gratuits développés par les Nations Unies pour cartographier, vérifier la déforestation et partager des informations sur des sites web pour les acheteurs. Recevoir des informations sur ces outils serait très utile.
Le transport du cacao depuis les champs reste un défi. Nous serions très reconnaissants si vous pouviez aider la coopérative Bwamba en lui fournissant un camion/camionnette. Pour les travaux d’extension des champs, nous avons besoin de motos puissantes, car notre coopérative est située dans une région montagneuse.
Les effets du changement climatique et les conditions météorologiques extrêmes ont entraîné des inondations et des glissements de terrain continus, en particulier dans les zones où nous n’avons pas mis en œuvre les pratiques agricoles intelligentes face au climat avec Trias.


Quelles grandes tendances du marché européen avez-vous identifiées qui pourraient façonner la stratégie future de BCU ?
Premièrement, les certifications Fairtrade et bio sont des tendances clés car elles s’accompagnent de prix premium et d’un revenu supplémentaire pour les agriculteurs. Pour chaque tonne vendue sous Fairtrade, il y a une prime au-dessus du prix du marché, et Fairtrade garantit également un prix minimum, ce qui aide en période de fluctuation des prix.
J’ai aussi beaucoup entendu parler des crédits environnementaux, comme du marché du carbone. Nous travaillons déjà sur une agriculture intelligente face au climat et souhaitons que les agriculteurs reçoivent des incitations pour leurs efforts en matière de conservation. Par exemple, si un agriculteur plante 10 arbres, quelle est la valeur monétaire du carbone qu’il stocke ? Nous ne sommes pas encore en contact avec des organisations spécifiques sur les marchés du carbone, mais c’est un domaine que nous souhaitons explorer.
Nous savons que les projets pourraient être importants, impliquant plusieurs coopératives et chocolatiers, et peut-être financés par l’UE. Ce serait pour nous l’idéal, d’autant plus que l’Europe est notre principal marché et que nous devons respecter les attentes européennes en matière de climat et de durabilité.
Avez-vous eu l’occasion d’échanger des informations avec d’autres producteurs ?
Oui, j’ai échangé avec des organisations de la République dominicaine, de l’Équateur, de la RDC et du Nigeria. Nous partageons certains défis communs. Un problème récurrent est le financement. Un autre est l’émergence de ravageurs et de maladies encore peu connues.
Nous faisons face à des maladies similaires en Ouganda. Parce que nous pratiquons l’agriculture biologique, leur gestion est difficile : nous ne pouvons pas simplement pulvériser des produits chimiques ou utiliser des herbicides. Pour l’instant, nous ne connaissons même pas les noms de certaines de ces maladies ; elles nécessitent des recherches scientifiques.
Nous sommes en contact avec le National Cocoa Research Institute, qui travaille sur ces questions. Mais la recherche prend du temps, et les agriculteurs continuent d’être affectés.
Interagir avec d’autres agriculteurs est aussi inspirant. J’ai vu des fèves de cacao de producteurs qui utilisent des variétés ou des clones spécifiques, alors que dans notre région, nous n’avons pas de parcelles monocépages : nous avons du Trinitario, du Forastero et des hybrides, tous mélangés sur les mêmes fermes. À un moment donné, nous aimerions séparer les variétés car certains chocolatiers veulent des profils spécifiques.
Quels messages clés ou leçons de Chocoa comptez-vous partager avec vos membres ?
Le message principal est qu’il y a de grandes opportunités à Chocoa. C’est une excellente plateforme pour le réseautage et le lobbying. Ici, je peux avoir des rencontres individuelles avec des personnes comme vous du Trade for Development Centre, au lieu d’échanger uniquement des e-mails avec des personnes que je n’ai jamais rencontrées.
C’est un lieu où les conversations peuvent se transformer en opportunités d’affaires concrètes. Nous insisterons auprès de nos membres sur l’importance d’utiliser de telles plateformes pour transformer les discussions en contrats.
Chocoa nous encourage également à maintenir une haute qualité. Quand je vois des origines et des producteurs différents, cela crée un sentiment de compétition. Si nous ne produisons pas la bonne qualité, les chocolatiers choisiront d’autres origines. Cela nous motive à continuer d’améliorer la qualité.
Propos recueillis par Samuel Poos, chef de projet du Trade for Development Centre d’Enabel