Le nom parle de lui-même : Fruit At Work livre des paniers de fruits aux entreprises. Mais pas n’importe quels fruits : chaque panier est 100 % équitable et livré à vélo – dans la mesure du possible. Le développement durable est inscrit dans l’ADN de l’entreprise, à chaque étape. Entretien avec les propriétaires Yannick et Youri Aerts.

Fruit At Work est une entreprise familiale fondée en 2008 par Youri Aerts, qui a ainsi concrétisé l’idée de son père. Ce dernier s’était inspiré d’un client chez qui il avait vu, un jour d’été, un étudiant emballer des fruits locaux – pommes, poires, cerises… – qui étaient ensuite livrés à des entreprises du quartier. Cela l’a incité à développer cette idée à plus grande échelle. En 2015, son frère Yannick l’a rejoint. Youri (à droite sur la photo) est responsable des opérations quotidiennes, tandis que Yannick (à gauche sur la photo) se concentre davantage sur la stratégie.
Aujourd’hui, Fruit At Work livre chaque semaine plus de 3 000 clients dans toute la Belgique depuis son site d’emballage de Saint-Trond. Ces clients sont très divers : ils vont du magasin de pneus local à la grande banque implantée dans toute la Belgique. Sans oublier les écoles, grâce auxquelles Fruit At Work fournit des fruits équitables à 70 000 enfants en Flandre.
Le Fairtrade XS est le plus petit panier de fruits de la gamme, suffisant pour approvisionner 2 à 3 personnes en fruits pendant toute une semaine de travail. Pour les bureaux plus grands, il existe des paniers standard de 5-8 à 10 kg de fruits. Le contenu est modulable et adapté sur mesure pour les grandes entreprises.
La durabilité comme ligne directrice
« Si je devais décrire Fruit At Work en un mot, je choisirais ‘appréciation’, explique Yannick. « L’appréciation du client, de la nature, des fournisseurs, de tous les acteurs de la chaîne. Notre slogan est ‘L’honnêteté, c’est délicieux’. Et nous voulons appliquer cela à tout ce que nous faisons”.
Fruit At Work estime qu’il est de sa responsabilité de livrer un produit de qualité au client. C’est l’entreprise qui décide du degré de durabilité du produit que reçoit le client. « À aucun moment le marché n’a exigé que les fruits que nous proposons soient issus du commerce équitable, que les agriculteurs belges reçoivent un prix équitable ou que le transport se fasse à vélo. Nous avons pris toutes ces mesures parce que nous sommes nous-mêmes convaincus de l’importance de la durabilité et nous communiquons à ce sujet avec le client », explique Yannick.
Depuis 2018, les fruits tropicaux de Fruit At Work portent le label Fairtrade. Quelques années plus tard, les fruits belges ont également été certifiés par le label Prix Juste Producteur. Ainsi, l’ensemble du panier est désormais composé de fruits équitables. Au cours de la même période, l’entreprise familiale a commencé à utiliser le vélo comme moyen de transport, d’abord dans le centre-ville de Gand, puis à Anvers, Bruxelles, Malines, Louvain et Liège. Car comment proposer un produit sain à ses clients si son transport pollue l’air qu’ils respirent ? Ils ont donc opté pour le vélo. Ce n’est certes pas le choix le moins cher, car ils perdent plus que leurs concurrents en matière de transport, mais c’est le plus écologique. Chaque fois qu’ils s’implantent dans une nouvelle ville, ils font appel aux coursiers à vélo – les Flandriens, comme ils les appellent – et examinent ensemble le volume qui peut être livré et transporté. Ils leur donnent ainsi la possibilité de se développer.
Importance de la communication
« Pour convaincre le client de l’intérêt du développement durable, il faut d’abord s’assurer que le produit est bon : la qualité, le service… et ensuite seulement vient le reste », explique Youri. La communication est essentielle à cet égard. En ligne, hors ligne ou sur l’emballage. Fruit At Work a été nommé Ambassadeur SDG par les Nations Unies en 2023, comme l’une des quatre premières entreprises au monde, et l’indique sur ses emballages. C’est ce qui nous rend uniques, déclare fièrement Yannick. « Tout ce que nous faisons en matière de durabilité est motivé par nos convictions, et non parce que le client le demande ou parce que la loi nous y oblige. »

« Il reste très difficile de faire passer le message auprès des clients, mais c’est tellement important. Souvent, les gens ne savent même pas qu’il existe une option équitable et durable pour les paniers de fruits », explique Youri. « Il y a quelques années, la durabilité est soudainement devenue une priorité pour les entreprises. La législation CSRD a obligé les entreprises à rendre compte de leurs performances en matière de durabilité, et cette obligation s’est également étendue aux petites entreprises. Des milliers de points devaient être pris en compte dans les rapports sur la durabilité. L’arrivée de l’omnibus* a quelque peu atténué cette tendance, et soudain, la durabilité est devenue moins importante. »
Youri constate néanmoins que de plus en plus d’entreprises collaborent avec eux en raison de leur identité. Les entreprises recherchent par exemple spécifiquement un produit équitable et se tournent vers Fruit At Work, car c’est le seul fournisseur à proposer ce type de produit sur le marché belge. Elles découvrent ainsi les autres aspects de l’histoire, à savoir que les fruits belges sont également certifiés ou que le transport à vélo est parfois assuré par des personnes qui ont des difficultés à trouver un emploi.
Leurs clients s’y retrouvent tout à fait. « Et c’est une bonne chose pour nous », déclare Youri, « car nous ne choisissons certainement pas toujours la voie la plus facile. C’est à nous de mener cela à bien, et c’est ce que nous faisons depuis plus de 17 ans maintenant, et ce dans toute la Belgique. »
En collaboration avec Prix Juste Producteur
Fruit At Work utilise donc la certification pour offrir à ses clients la garantie d’un produit équitable. Tous les fruits provenant du Sud sont certifiés Fairtrade. Pour Fruit At Work, l’essentiel est que l’agriculteur reçoive un prix équitable et que les producteurs aient leur mot à dire dans la fixation des prix.
Et ils appliquent cette ligne de conduite aux fruits belges, qui proviennent directement du producteur en Hesbaye. Pour cela, ils collaborent avec le label Prix Juste Producteur. Celui-ci contrôle le premier maillon de la chaîne. « Si vous demandez à un producteur s’il reçoit un prix équitable, il vous répondra peut-être trop facilement « oui » par crainte que sa récolte ne soit pas achetée. Mais Prix Juste Producteur vérifie réellement la comptabilité. Cela garantit la transparence, y compris envers les clients », explique Yannick.
Prix Juste Producteur est un label wallon qui n’est pas (encore) très connu en Flandre. Fruit At Work a autrefois participé à la création de « Boervriendelijk », une initiative flamande en faveur du commerce équitable local, mais celle-ci a malheureusement disparu sans faire de bruit. Fruit At Work, qui est pour l’instant la seule entreprise flamande à avoir adhéré à cette initiative, s’est donc associée à Prix Juste Producteur. Yannick espère toutefois qu’une certification avec un nom néerlandophone ou un équivalent flamand verra le jour un jour, car cela pourrait convaincre davantage d’entreprises et d’entrepreneurs flamands engagés dans le commerce équitable de se lancer dans l’aventure et ainsi accroître la notoriété du commerce équitable local en Flandre.
Contrôler soi-même
En matière de garanties de durabilité, Fruit At Work ne se fie pas uniquement à la certification. « Car là aussi, des choses peuvent mal tourner », indique Youri, « et nous ne voulons pas nous cacher derrière cela. Nous effectuons également nos propres contrôles. »
Ils demandent ainsi à leurs fournisseurs les rapports officiels de Global Gap (pour les entreprises qui livrent les supermarchés), de GRASP (Global Risk Assessment Social Practices – une sorte de contrôle social pour les personnes sur le lieu de travail), ou ils contactent directement le fournisseur.

Si leur façon de travailler n’est pas conforme aux normes et aux valeurs de Fruit At Work, ils mettent fin à la collaboration. Les frères ont le dernier mot et ne doivent rendre de comptes à aucune instance supérieure ou direction visant à maximiser les profits. « Soit on entreprend de manière durable, soit on ne le fait pas », déclare Youri. « Même si le client est satisfait, si nous ne sommes pas à l’aise, nous mettons fin à la collaboration. Cela s’est déjà produit par le passé, même si cela nous porte préjudice. »
Le prix et le contrôle : deux défis majeurs
Pour pouvoir (continuer à) exercer son activité de manière équitable, le prix est l’un des principaux défis à relever. « Si vous agissez de manière équitable, vous ne pouvez pas être le moins cher », affirme Yannick. « Nous rencontrons parfois de grandes entreprises qui ne cessent de parler de durabilité. Elles ont un budget suffisant pour payer tout le monde équitablement, mais au final, elles trouvent quand même que nous sommes trop chers. Mais nous donnons tellement en retour, me dis-je : chez nous, vous obtenez des fruits qui ont bon goût pour le consommateur et pour l’agriculteur. Tout le monde dans la chaîne reçoit un prix équitable. Le contrôle de tout cela demande du temps et de l’énergie, et cela a bien sûr aussi un prix. Vous vous attendez à ce que j’aille voir le producteur et lui dise : ‘Il faut que ce soit moins cher’, et presser le citron jusqu’à la dernière goutte ? Non pas parce que le client ne peut pas se le permettre, car il s’agit souvent d’entreprises qui réalisent des millions de bénéfices, mais simplement parce qu’elles ne sont pas disposées à payer le prix ? »
En outre, le contrôle représente également un défi de taille. Les secteurs des fruits et du transport sont des secteurs où les abus sont monnaie courante, et Fruit At Work doit donc rester vigilant pour s’assurer que tout se passe correctement.
Plus d’éthique, pas une priorité
Selon Yannick, les pouvoirs publics ont un rôle important à jouer dans l’avenir du commerce équitable. En effet, dès lors que certaines choses deviennent obligatoires, les entreprises doivent s’y conformer. Cela a été très clair avec le cadre législatif relatif au devoir de diligence des entreprises. Les entreprises sont alors responsables de l’ensemble de la chaîne et pas seulement du dernier maillon. En tant qu’entreprise, vous devez alors vous intéresser aux conditions de travail, à l’origine des matières premières… de tous vos fournisseurs.
« Cela permet de se faire concurrence sur les bons critères, et non sur des aspects qui ne devraient pas entrer en ligne de compte », explique-t-il. « Nous sommes sur la bonne voie en Europe. Les choses évoluent, mais un cadre législatif peut considérablement accélérer le processus ou, malheureusement, le ralentir. Nous l’avons vu avec certaines directives qui ont été adoptées, puis revues à la baisse. »
Au cours de ses 10 années d’expérience dans le secteur, Yannick n’a constaté qu’une évolution limitée de la demande en faveur d’une consommation plus éthique et plus responsable. La jeune génération y est certes plus ouverte, mais elle occupe rarement des postes décisionnels dans les grandes entreprises. Si le PDG d’une grande entreprise fait des choix vraiment équitables et durables, cela peut créer un véritable buzz et inspirer d’autres personnes, mais dans la pratique, cela arrive rarement.

Il cite l’exemple du transport à vélo. « Le lundi, Fruit At Work est le plus grand utilisateur de transport à vélo en Belgique, alors que nous sommes une PME ! », s’indigne Yannick. « Si une multinationale décide demain de parcourir le dernier kilomètre à vélo, cela peut faire pencher la balance. Il faut donc vraiment que les dirigeants de grandes entreprises partagent notre état d’esprit. Si les villes, les communes et le monde politique se joignent à nous, alors on pourra vraiment parler de changement. »
Yannick indique que nous aimerions surtout entendre que les choses s’améliorent petit à petit, mais l’honnêteté l’oblige à dire que nous n’en sommes pas encore là et que les choix durables ne sont pas une priorité pour la plupart des entreprises. Il reste toutefois optimiste, car plus les entreprises seront nombreuses à se rallier à cette cause, plus l’approche équitable – y compris en termes de prix – deviendra intéressante et pourra concurrencer l’approche déloyale. Mais pour cela, il faut du volume.
Quel avenir pour Fruit At Work ?
« J’aimerais pouvoir tout planifier à la perfection, de A à Z. Que nous soyons vraiment sûrs à 100 % que chaque fruit de la corbeille a été payé à son juste prix. » Depuis cette année, Yannick siège au conseil d’administration de la Belgian Fair Trade Federation afin de partager ses connaissances avec d’autres acteurs du secteur du commerce équitable.
« J’espère que nous pourrons évoluer vers une situation où les clients nous choisissent vraiment pour ce que nous sommes. Que le commerce équitable devienne tout simplement la norme. Que cela ne fasse même plus l’objet d’un débat », conclut Youri.
Plus d’infos : www.fruitatwork.eu
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