À M’Brimbo, dans la région verdoyante de l’Agnéby-Tiassa en Côte d’Ivoire, la Société Coopérative Équitable du Bandama (SCEB) réunit 366 producteurs, dont 57 femmes, qui ont fait le pari de l’agriculture biologique. Mais les défis ne manquent pas.
Des débuts modestes à un modèle bio
Tout commence en 2008 avec 34 producteurs, 28 hommes et 6 femmes, dans le centre-ouest de la Côte d’Ivoire. En 2010, grâce à l’accompagnement d’Inades-formation Côte d’Ivoire (une ONG locale) et d’Ethiquable, la SCEB exporte ses premières 13,66 tonnes de cacao bio. S’ensuivent les certifications Ecocert, Fair for Life, Agriculture Biologique et SPP.

Aujourd’hui, forte de 366 membres, la coopérative produit environ 460 tonnes de cacao bio par an, dont 200 à 250 tonnes sous contrat sont vendues à Ethiquable, et vise 500 à 1000 tonnes d’ici 2030. « Le bio, ce n’était pas une évidence au départ, mais on a vite compris qu’il pouvait changer nos vies tout en protégeant nos terres », confie Marc Tanouh, le directeur de la coopérative.
Pour garantir la qualité et l’éthique, la SCEB s’appuie sur un système de contrôle interne (SCI), avec un comité de veille et des agents qui vérifient chaque parcelle. Ce système assure l’absence de travail des enfants et le respect des zones boisées. Depuis sept ans, toutes les parcelles sont mappées, une première étape pour répondre aux exigences du règlement européen contre la déforestation (RDUE), qui entrera en vigueur en décembre 2025.
Le TDC, un allié pour grandir
Entre 2017 et 2022, le Trade for Development Centre (TDC) d’Enabel a accompagné la SCEB avec un financement de 26 990,36 €, qui a transformé ses pratiques et sa visibilité. Grâce à cet appui, la coopérative a équipé 50 producteurs de caisses de fermentation, d’une valeur de 50 000 FCFA chacune, pour améliorer la qualité des fèves, et a fourni des biofertilisants pour augmenter la productivité.
Dans le même temps, des formations en gestion financière et organisationnelle ont renforcé les compétences du personnel, tandis qu’un logiciel comptable, utilisé par la comptable, la caissière et le magasinier, a facilité la traçabilité des sacs de cacao. « Ce logiciel nous aide à suivre le poids livré par chaque producteur, même si la connexion au réseau est parfois capricieux », précise Marc Tanouh.
Sur le marché international, le TDC a ouvert des portes en préparant la SCEB pour la BiOFACH en 2020, le plus important salon de l’agriculture biologique en Europe. Grâce au coaching de Jean Cornet, qui a appris aux producteurs à aborder les clients et à surmonter la barrière linguistique, et au financement de dépliants, traductions et stands, la coopérative a noué des contacts avec des chocolatiers européens. « Sans Jean et le TDC, nous aurions été perdus à la BIOFACH », reconnaît Marc Tanouh. Ces efforts ont permis à la SCEB de diversifier ses ventes auprès d’autres acheteurs, notamment SACO et OCEAN, bien qu’à un faible prix. Le volume commercialisé en Bio –Equitable et exporté en Europe par la SCEB est passé de 100 tonnes en 2018 à 350 tonnes en 2025, faisant d’elle un modèle dans le cacao bio.
En 2021, avec l’appui du TDC et d’ Ethiquable la SCEB a inauguré un laboratoire de dégustation, une rareté en Côte d’Ivoire, permettant aux producteurs de goûter les échantillons pour garantir des arômes chocolatés. « Il garantit des fèves aux arômes parfaits. Nous goûtons chaque échantillon pour être sûrs de satisfaire nos clients », raconte Marc Tanouh.
Depuis de 2025, le TDC se concentre sur un coaching en durabilité pour aider la SCEB à répondre aux exigences environnementales, comme celles du RDUE, tout en consolidant ses pratiques.
Ethiquable, un partenaire qui change des vies
Le partenariat avec Ethiquable, un chocolatier français engagé dans le commerce équitable, est un moteur pour la SCEB. Chaque année, Ethiquable achète 200 à 250 tonnes de cacao, offrant des primes bio et équitables bien au-dessus des prix du Conseil Café Cacao. Ces primes permettent d’abord aux producteurs d’avoir un revenu vital, ensuite d’acheter des outils agricoles, de financer des soins médicaux, des prêts scolaires et même de contribuer à la construction au dispensaire du village ainsi que deux logements pour enseignants à M’Brimbo. Les visites d’Ethiquable, régulières avant la COVID et désormais annuelles, renforcent ce lien bâti sur la confiance et la qualité.
Des défis à relever
Malgré ses succès, la SCEB fait face à des obstacles de taille. Les certifications bio coûtent entre 5 et 10 millions FCFA par an désormais, une charge lourde pour la coopérative. Les 100 à 150 tonnes de cacao excédentaires, non absorbées par Ethiquable, peinent à trouver preneurs sur un marché bio compétitif.
L’insécurité foncière persiste, même si une nouvelle loi ivoirienne attribue les arbres aux producteurs, renforçant leurs droits.
Enfin, la traçabilité, exigée par le RDUE, le règlement européen (UE) 2018/848 relatif à la déforestation, et la norme régionale africaine ARS1000, n’est pas simple à mettre en œuvre. La mise en conformité impose des défis majeurs aux coopératives biologiques. Chaque sac de 65 kg doit être suivi jusqu’à l’exportation, dans des conteneurs de 385 sacs.
Une récente session de coaching en durabilité menée par Enabel a mis en lumière l’urgence de faire évoluer les opérations de la SCEB, notamment en remplaçant ses processus de traçabilité manuels par un logiciel dédié afin de garantir une transparence totale. Cet accompagnement stratégique a également souligné la nécessité pour la SCEB de renforcer la communication avec ses membres pour assurer leur adhésion et de diversifier ses débouchés au-delà de son partenaire historique, Ethiquable, afin de mieux valoriser l’intégralité de sa production biologique. La mise en œuvre du plan d’action qui en découle, axé sur une meilleure fidélisation des producteurs et l’obtention de certifications complémentaires comme Fairtrade, marque une étape décisive pour assurer la résilience et la croissance de la coopérative sur un marché international de plus en plus exigeant.
Paiements pour services environnementaux
La SCEB vient de signer une convention de subsides dans le cadre du projet cacao durable de l’Union européenne mis en œuvre par Enabel. Ce subside permettra à la SCEB de participer au programme “Paiement pour Services Environnementaux” (PSE) de Nitidæ, qui vise à encourager les producteurs de cacao biologique à préserver la végétation indigène dans leurs parcelles en leur offrant des incitations financières. Ce système, développé en partenariat avec Ethiquable, s’inscrit dans une démarche de traçabilité et de respect des engagements environnementaux du secteur cacaoyer.
Malgré les défis, l’engagement de la SCEB pour la qualité, le commerce équitable et la durabilité en fait un exemple à suivre en Côte d’Ivoire.