Au pied du mont Rwenzori, dans le Nord-Kivu en République Démocratique du Congo, Kawa Kanzururu, la coopérative dont le nom signifie « café des neiges éternelles », transforme la filière café et cacao avec l’appui du Trade for Development Centre (TDC) d’Enabel. Fondée en juin 2014 près de Butembo, Kawa Kanzururu réunit 2500 producteurs de café arabica, 1200 cultivateurs de café robusta et 1500 producteurs de cacao, avec une production annuelle de 195 tonnes de café marchand et 160 tonnes de cacao.
Le TDC a tout d’abord accompagné Kawa Kanzururu dans la maîtrise des coûts, la négociation avec ses clients, ainsi que la production de café bio et certifié Fairtrade. « Ce coaching a changé notre façon de travailler », confie Roger Kasereka, le directeur de la coopérative. Aujourd’hui, en finançant des plantules et une station de lavage, le TDC renforce la qualité et la durabilité d’un café qui séduit par ses arômes uniques, prisé par des torréfacteurs comme les Cafés Rombouts et Malongo.
Une renaissance ancrée dans la coopération
Soutenue par le Trade for Development Centre (TDC) d’Enabel, la Fondation Virunga, Rikolto et des partenaires commerciaux comme les Cafés Rombouts, Kawa Kanzururu redonne vie à une filière café abandonnée dans les années 1990 en raison des conflits armés et du manque d’investisseurs dans la région.
En 2012, l’ONG belge VECO, aujourd’hui Rikolto, encourage les paysans à se regrouper en coopératives, donnant naissance à Kawa Kanzururu en juin 2014 avec 500 producteurs. Rikolto adopte alors une approche de co-investissement : les producteurs fournissent les terrains et construisent des hangars, tandis que l’ONG procure des machines et des filets d’ombrage pour installer huit micro-stations de lavage, traitant le café par voie humide. « Ce modèle participatif a jeté les bases de notre succès », explique Roger Kasereka. Aujourd’hui, la coopérative compte 26 micro-stations décentralisées, permettant aux producteurs de livrer leurs cerises sans parcourir de longues distances. Chaque micro-station traite environ une tonne de cerises par jour, facilitant l’accès au marché.
« Notre mission est de garantir un revenu équitable tout en préservant
notre environnement », déclare Roger Kasereka, directeur de la coopérative.
Pour rejoindre Kawa Kanzururu, chaque membre doit posséder un champ, payer une part sociale de 50 dollars et livrer l’intégralité de sa production à la coopérative. La coopérative regroupe aujourd’hui 2500 producteurs d’arabica, 1200 de robusta et 1500 de cacao. 20% des membres cultivent à la fois du café et du cacao. « Nous dépendons de crédits bancaires à 12 % d’intérêt, ce qui pèse lourd », confie Roger Kasereka. Rikolto a joué un rôle clé en obtenant une garantie de la KBC via l’institution financière Le Grenier, débloquant un fonds de roulement de 150 000 dollars. Root Capital a complété ce soutien avec une ligne de crédit équivalente, mais la hausse de la production, atteignant 10 conteneurs d’arabica soit environ 195 tonnes, exige des financements supplémentaires.
L’accompagnement transformateur du TDC
Entre 2020 et 2022, le Trade for Development Centre d’Enabel, a renforcé Kawa Kanzururu via un coaching dispensé par Raf Van den Bruel et Guy Callebaut, améliorant la gestion, le marketing et la qualité du café. Roger Kasereka souligne l’impact de cet appui : « Ce coaching a transformé notre façon de travailler ». Ne maîtrisant pas ses coûts de production, la coopérative proposait auparavant des prix incohérents aux acheteurs : 4 dollars un jour et 5 dollars le lendemain. Grâce à l’accompagnement du TDC, la coopérative a élaboré un tableau de bord. Celui-ci détaille les coûts fixes et variables et permet de fixer les prix de vente en connaissance de cause. En 2025, Roger Kasereka consulte quotidiennement la bourse de New York pour négocier les prix.
Le coaching a également amélioré les compétences en communication et en rédaction de contrats, évitant des échecs comme celui de 2018 avec un client Lyonnais, dû à une mauvaise communication et à l’absence de certification Fairtrade. Sur le plan de la qualité, Raph Van den Bruel a formé une équipe de dégustateurs et soutenu l’installation d’un laboratoire, aujourd’hui hébergé par la coopérative malgré des défis d’approvisionnement énergétique. Ce laboratoire analyse les micro-lots, garantissant une qualité constante. Le TDC a également aidé à élaborer un plan stratégique, alignant les ambitions de la coopérative sur les exigences du marché international.
Un nouveau financement du TDC soutient un projet ambitieux lancé en 2025 : la production de plantules de café arabica, robusta, cacao et arbres d’ombrage, ainsi que la construction d’une station de lavage capable de traiter 3 à 5 tonnes de cerises par jour. Contrairement aux micro-stations, cette station centralisée uniformisera la qualité, réduisant les variations entre villages. « Les plantules permettront de renouveler les plantations vieillissantes et d’augmenter la production, tandis que les arbres d’ombrage protégeront contre le réchauffement climatique », explique Roger Kasereka.
Des partenariats commerciaux solides
En 2018, la Fondation Virunga, à travers Adélard Palata, a formé Kawa Kanzururu à la préparation d’échantillons de café, ouvrant la voie à des contrats avec Malongo, torréfacteur français via l’exportateur suisse CaféMa, ainsi qu’avec Volcafé et Rombouts Koffie. « Adélard nous a appris à analyser la qualité et à gagner la confiance des torréfacteurs », rapporte Roger Kasereka. Les exportations transitent par le port de Mombasa, via le transiteur congolais Temka, puis par Anvers en Belgique. Malongo valorise particulièrement la régularité du café Kawa Kanzururu, certifié Fairtrade et biologique, qui répond aux attentes des consommateurs européens.
Parallèlement, la coopérative a diversifié sa production vers le cacao, répondant à une demande des producteurs. En 2025, elle produit 100 tonnes de cacao commercial et 60 tonnes de cacao de spécialité, fermenté dans un centre construit avec le soutien de la Fondation Virunga. « Nos producteurs ont réclamé l’inclusion du cacao et du robusta pour sécuriser leurs revenus », précise Roger Kasereka. « Cette diversification renforce notre résilience économique ».
Des défis dans un contexte instable

Malgré ses succès, Kawa Kanzururu fait face à des obstacles majeurs. La concurrence d’Olam, menace les coopératives locales. Ce géant singapourien installe des stations de lavage près des micro-stations de Kawa Kanzururu. « Olam cherche à asphyxier les initiatives locales », déplore Adélard Palata. Pour fidéliser ses producteurs, la coopérative offre des paiements supplémentaires, mais ses marges restent fragiles.
Le règlement européen contre la déforestation (RDUE), exigeant une traçabilité des parcelles sans déforestation post-2020 d’ici décembre 2025, pose un défi technique. L’équipement de géolocalisation fourni par la Fondation Virunga souffre de problèmes de synchronisation, entraînant des pertes de données. Roger Kasereka envisage d’explorer des outils gratuits comme GeoSource de la FAO ou les plateformes de l’International Trade Centre, dont il a été mis au courant par le TDC d’Enabel. La coopérative sensibilise également les autorités locales, mais l’ignorance du RDUE à Kinshasa freine les progrès. « Nous devons impliquer les instances nationales », insiste Adélard.
Les contraintes financières constituent un autre obstacle. Les crédits bancaires à 12 % d’intérêt pèsent sur les finances. Roger Kasereka prévoit de négocier avec Alterfin, qui pourrait offrir des taux autour de 9 % et un financement jusqu’à 850 000 dollars. La sécurité reste une préoccupation majeure, avec les rebelles du M23 à seulement 20 kilomètres de Goma en juin 2025, menaçant la stabilité de la région.
Un impact au-delà de la production
Kawa Kanzururu ne se limite pas à l’achat de café et de cacao. Une équipe de neuf agronomes forme les producteurs aux bonnes pratiques agricoles, améliorant la qualité dès la plantation. Des sessions d’éducation financière renforcent leur autonomie, tandis que la diversification vers le robusta et le cacao sécurise leurs revenus. « Nos producteurs ont demandé à inclure ces cultures pour diversifier leurs sources de revenus », rapporte Roger Kasereka. Le centre de fermentation produit un cacao de spécialité prisé sur le marché international, et le laboratoire garantit des arômes constants, renforçant la réputation de la coopérative.
Le modèle démocratique et les certifications de Kawa Kanzururu attirent de nouveaux membres, amplifiant son impact social dans une région fragilisée par les conflits. En offrant des services techniques et financiers, la coopérative devient un pilier pour ses 5200 producteurs.
