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Groupe One (Belgique) – GEL Sud (Bénin): regards croisés sur l’accompagnement de l’entrepreneuriat 

Geoffroy Mele est le Directeur Général du Guichet d’Economie Locale (GEL) Sud Bénin tandis que Christophe Grasser est expert chez Groupe One, ASBL basée à Saint-Gilles en Belgique. Ils partagent un même métier : l’accompagnement des entrepreneuses et entrepreneurs. Au-delà de la vocation, qu’est-ce qui les rassemble et les différencie ? Rencontre avec deux passionnés.

Le Trade Development Center d’Enabel a fait se rencontrer deux structures avec lesquelles il travaille. L’une est belge, l’autre béninoise. Elles partagent une même mission : accompagner les entrepreneurs et les entrepreneuses.

Deux acteurs de l’entrepreneuriat, une mission principale

Faisons d’abord connaissance avec Groupe One qui, depuis 1997, a dédié son mandat à l’entrepreneuriat durable : “L’ASBL centre son travail sur Bruxelles et la Wallonie, même si, par le passé, nous avons fait un passage à l’international. Nous avons encore quelques missions de prestation à l’étranger et c’est d’ailleurs dans ce cadre que nous avons évalué Gel Sud pour le compte d’Enabel”, explique Christophe Grasser, expert chez Groupe One. “Nous avons plusieurs missions”, nous décrit-il, “La première est la sensibilisation, c’est-à-dire que nous organisons des formations à l’entrepreneuriat et à l’entrepreneuriat durable pour des publics principalement jeunes, via les universités et les hautes écoles. Puis, nous faisons aussi de l’accompagnement au lancement d’activités. À Bruxelles, cela s’organise via le Guichet d’économie locale de Saint-Gilles avec l’incubateur Boost your Project que nous avons mis en place. On fait aussi du plaidoyer en représentant les entreprises auprès des pouvoirs publics. L’enjeu est de sensibiliser nos autorités locales aux besoins de durabilité des entreprises ou aux questions de relocalisation économique et de soutien aux petits commerces. Enfin, toujours dans une logique de plaidoyer, nous coordonnons la Coalition Kaya qui représente plus de 300 entreprises depuis 2019.”

Faisons ensuite connaissance avec le Guichet d’Economie Locale (GEL) Sud Bénin grâce à Geoffroy Mele, rencontré lors de son passage en Belgique : “Gel Sud Bénin est un dispositif qui accompagne les initiatives entrepreneuriales en milieu rural et périurbain au sud du Bénin. Il est né en 2010 via un programme imaginé par Louvain coopération [cf. encadré sur Louvain coopération avec Vincent Henin, NLDR] et s’est autonomisé en 2013 pour prendre la forme d’une ASBL. Depuis cette date, le GEL Sud Bénin s’est ouvert à d’autres partenariats notamment avec Enabel, la Banque mondiale ou la GIZ [l’agence allemande de coopération internationale, NDLR] pour continuer sa mission. Nous accompagnons les structures en entrepreneuriat sur le plan technique, commercial ou de la gouvernance.” Le GEL Sud s’occupe donc de formation : “Parmi nos services, le premier est la sensibilisation et l’information à destination des écoles, mairies, communautés locales, etc. Nous disposons de notre propre centre de formation universitaire et professionnel. Nous animons également des émissions radio sur l’entrepreneuriat qui permettent de toucher un grand nombre de personnes et d’insuffler l’esprit d’entreprise auprès de larges franges de la population.”

En quoi consiste les formations ? “Notre stratégie d’accompagnement part toujours de la sensibilisation. On pose ensuite un diagnostic pour déterminer les besoins. Puis, il y a la phase de formulation d’un plan de développement d’entreprise qui va reprendre toutes les formations nécessaires pour renforcer les capacités de ses membres. Là, on a un ensemble d’outils et méthodes pour accompagner nos cibles : certaines formations se font sur site, d’autres en salle, il y a également des visites d’échanges à l’échelle nationale, des mentorats, des mises en relation, etc. L’objectif est de permettre à l’entrepreneur de renforcer son leadership, mais aussi d’améliorer sa gestion, ses revenus et in fine son bien-être.” Le plaidoyer est aussi dans les missions de GEL Sud : “Il y a plusieurs années déjà, nous avons mis en place ce que nous appelons des cellules d’animation de l’entrepreneuriat local (CANEL) qui sont des cadres d’échange entre entrepreneurs, pouvoirs publics locaux et organismes de développement. Ces CANEL se réunissent de façon trimestrielle et permettent d’échanger sur les besoins et attentes des uns vis-à-vis des autres. Cela crée indéniablement des synergies.”

Points communs entre Belgique et Bénin

Comment les deux acteurs décriraient-ils leurs points communs ? Pour Geoffroy Mele, le GEL Sud et Groupe One partagent une même volonté “de toujours s’améliorer et agrandir son offre de service dans les métiers de l’accompagnement des entrepreneurs”. Ce avec quoi Christophe Grasser est d’accord : “Nous sommes tous les deux des intrapreneurs. C’est-à-dire que nous partageons un même intérêt et une même envie d’aider les entrepreneurs qui n’auraient pas seulement un impact économique, mais un impact plus large, au niveau des communautés dans lesquelles ils s’insèrent. Ce qui signifie que nous partageons ce même défi d’essayer de se mettre à la place des entrepreneurs pour, comme l’a dit Geoffroy, faire évoluer nos services et les accompagner au mieux.”

Chez le GEL, cela se passe principalement via les services de formation proposés et chez Groupe One au sein du village partenaire à Saint-Gilles. “On est dans un monde en changement”, insiste Christophe Grasser, “Il y a la digitalisation, l’attention à l’environnement, le phénomène de retour vers les communautés. On partage ces constats et on essaye de les intégrer dans nos coachings respectifs.” Geoffroy est d’accord : “On ne se soucie plus comme par le passé uniquement du développement économique des structures accompagnées.”

Autre point commun : le besoin de financement. “Dans les deux cas, nos services sont subventionnés”, précise Christophe Grasser. Pour Geoffroy Mele au Bénin, c’est un défi très sérieux : “Les recherches de financement représentent une partie non négligeable de mon temps de travail en tant que directeur.” Pour Christophe Grasser, c’est moins le cas : “Mais tous les deux, nous devons nous battre à notre échelle, pour notre structure, pour nos porteurs et leur propre accès au financement. Il faut se tenir au courant, être innovant et visible.” Geoffroy Mele ajoute : “Nous avons aussi tous les deux conscience de ne pas être seuls dans nos secteurs.” Christophe Grasser le confirme : “Nous devons donc tisser des partenariats avec des acteurs du privé et du public, selon nos contextes et avec d’autres structures d’appui. On fait des échanges de bons procédés pour voir ce qui se passe ailleurs au niveau belge, européen.” Pareil au GEL : “On est en lien avec d’autres structures béninoises”, dit Geoffroy Mele.

Différences et défis d’aujourd’hui

Une grande différence entre Bénin et Belgique se situe dans les secteurs accompagnés : “Le Bénin est un pays où 70% de l’activité est agricole. Donc nous allons forcément nous centrer sur l’entrepreneuriat dans ce secteur plutôt que sur l’entreprenariat de service. C’est récent d’amener les outils liés à la digitalisation. Mais on essaye de simplifier les choses au maximum pour que les personnes puissent en profiter au mieux.” Qu’en est-il des entrepreneurs belges ? “En fait, notre public a changé en dix-quinze ans”, observe Christophe Grasser : “Les personnes sont beaucoup plus qualifiées. Elles sortent des études et sont prêtes à entreprendre, ce qui était plus rare avant. L’entrepreneuriat est entré dans le parcours scolaire et il y a aussi une recherche de valeurs qui était peut-être moins présente dans les priorités professionnelles des générations précédentes.”

Groupe One et le GEL se présentent comme des structures portées vers l’entrepreneuriat durable, mais que met-on derrière ce mot “durable” ? C’est Christophe Grasser qui pose la question : “Met-on des freins à l’entrée pour les entrepreneurs qui ne le sont pas de prime abord et, si oui, lesquels ? C’est un débat en cours.” Pour Geoffroy Mele, on doit accompagner tout le monde : “Quel que soit le type d’entreprise, nous allons essayer d’amener tout le monde à faire ce mix difficile entre viabilité économique, durabilité et respect de l’environnement. On parle d’agroécologie, notamment, dans nos accompagnements. Nous pensons que l’individu peut comprendre ces défis et réussir son entreprise en les appliquant, peut-être parfois au fur et à mesure.”

Quel impact le covid a-t-il eu ? “La situation a été difficile pour nos entrepreneurs, car on a connu une période de cordon sanitaire avec des problèmes de mobilité qui ont limité les transactions économiques. Nos entreprises ont perdu des parts de marché. Cela s’est passé concomitamment à la fermeture des frontières avec le Nigéria, notre premier pays d’exportation, pendant plus d’un an. Beaucoup d’entrepreneurs avec des crédits ont eu du mal à garder la tête hors de l’eau. C’est dans ce contexte que l’on a initié notre département digitalisation : coaching et informations en ligne rentrent doucement dans les mentalités. Mais cela crée de nouveaux besoins : connexions plus performantes, meilleur téléphone, etc.” Pour Christophe Grasser, “cela a créé des freins à la création d’entreprise et cela a aussi amené une réflexion sur la relocalisation : plus de solutions locales avec des magasins, des plateformes en ligne, mais offrant des produits de proximité et employant des gens en local aussi. Je trouve que la qualité d’un entrepreneur, c’est la proactivité. Alors, globalement, ils s’en sont bien sortis. Aujourd’hui, on doit oeuvrer à retrouver du lien, de la chaleur humaine.”

Possibilités de collaboration

Christophe Grasser parle également de la nécessité de la transformation, aussi porteuse d’emplois locaux et interpelle Geoffroy Mele à ce sujet qui lui répond : “Nous ne sommes plus uniquement dans l’étape primaire, et on travaille, avec Enabel d’ailleurs, à accompagner les transformateurs, par exemple, de la filière ananas. Car on transforme déjà l’ananas en jus, poudres, fruits secs, biscuits, etc. Donc ça se met en place, avec des défis au niveau de la certification, notamment, auxquels nos coachs spécialisés sont formés. Il y a beaucoup d’émulation chez les transformateurs.”

 Ainsi, les moments d’échanges comme celui que viennent de vivre les deux hommes sont précieux pour eux : “On restera en contact”, promet Christophe Grasser, “Et pas seulement pour faire plaisir au TDC (rires)”. Geoffroy Mele le pense aussi : “Non, ce ne sera pas pour faire plaisir ! On a le même métier, ce qui suppose les mêmes outils et stratégies à mutualiser. Et peut-être répondre ensemble à des appels d’offres !”

Propos recueillis par Charlie Cauchie

Pour en savoir plus sur le Gel Sud Bénin et son accompagnement par le TDC d’Enabel, consultez l’article «Coaching du Guichet d’Economie Local (GEL) Sud Bénin : “Le défi auquel on s’attelle, c’est la pérennisation de la structure à tous les niveaux” » 

Foto’s
– Foto 1: Groupe One
– Foto 2: Anderlecht – Project Week van de Fair Trade 2019
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