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Etude : Le commerce équitable local belge et européen

Le commerce équitable local, belge et européen, se développe rapidement

Il a représenté au minimum 52,4 millions d’euros de ventes en 2019

Flash-back : 2009, la crise du lait bat son plein en Europe. Des images chocs frappent les esprits. En Belgique, des millions de litres de lait sont alors déversés sur les prairies par des agriculteurs au bord de la faillite. La raison ? Des prix proposés aux fermiers en dessous des coûts de production. Rien, ou si peu, n’a changé aujourd’hui.

Les agriculteurs de nos régions réclament donc eux aussi un prix et un commerce équitable. Et les consommateurs belges y sont favorables : selon le baromètre 2020 du commerce équitable publié par le Trade for Development Centre, 73% des personnes vivant en Belgique considèrent que le commerce équitable devrait également concerner des produits d’agriculteurs belges ou européens.

Des ventes déjà conséquentes

En compilant les ventes d’entreprises, d’organisations membres de la BFTF (la Fédération belge du commerce équitable) ou d’entreprises aux caractéristiques tout à fait similaires, le Trade for Development Centre arrive à un montant de 52,4 millions d’euros de ventes de produits équitables locaux en Belgique en 2019, ce qui correspond à environ 4,56 euros par Belge.

Une étude du Trade for Development Centre

Dans son étude « Le commerce équitable local belge et européen », le TDC rassemble de manière non exhaustive  quelques initiatives présentes en Belgique et en Europe dont les pratiques pourraient être qualifiées de commerce équitable local.  Le document présente également une typologie des acteurs, une analyse transversale sur les similarités, divergences en matière de processus de production, fixation des prix…, ainsi que quelques points d’attention.

Nouveaux entrants, initiatives d’acteurs « historiques » et ouverture de certains labels

Nous assistons à un quadruple mouvement : à la fois l’apparition d’acteurs spécifiques au commerce équitable local, comme Fairebel ou le label « Prix Juste Producteur » ; l’émergence d’initiatives locales par les organisations « historiques » du commerce équitable ; l’ouverture de certains labels internationaux au commerce équitable local ; et le lancement du label Biogarantie Belgium qui reprend à son compte quelques critères du commerce équitable.

Des niveaux d’exigence différents

Le commerce équitable « classique » Sud-Nord avait déjà montré sa multiplicité, avec par exemple des organisations ne travaillant qu’avec des producteurs marginalisés organisés en coopératives et d’autres autorisant l’agriculture de contrat ou certifiant de grandes plantations. Il en va de même dans le commerce équitable local belge et européen. Si toutes les organisations s’emploient à rémunérer équitablement les producteurs, si pratiquement toutes travaillent avec des producteurs organisés, les divergences se font jour au niveau du modèle agricole (agroécologie ou pas forcément), de l’attention portée à la traçabilité physique des produits, de la taille des exploitations, etc.

Une multiplication des labels et une image brouillée

C’est indubitable, l’émergence du commerce équitable local fait apparaître de nouveaux labels comme Prix Juste Producteur en Belgique, Bio Equitable En France ou Agri-Ethique chez nos voisins, et amène certains labels comme Biogarantie à se positionner sur ce créneau. Le tout dans un contexte où  le commerce équitable « classique » Sud-Nord en compte déjà plusieurs (Fairtrade, Fair for Life, Symbole des petits producteurs, WFTO, etc.) et où les consommateurs affirment qu’il y a trop de labels, qu’il est difficile de s’y retrouver.

Cette multiplicité des labels a pour corollaire une plus grande variabilité, une plus grande diversité des critères. En devenant universelle, l’image du commerce équitable va donc aussi se brouiller, devenir moins lisible. 

La nécessité d’une législation ?

La France est le seul pays européen à avoir adopté une législation décrivant et reconnaissant la notion de « commerce équitable », et à l’avoir élargie en mai 2014 aux relations Nord-Nord. Une telle législation au sein de l’Union européenne permettrait de clarifier les choses, de sortir du flou autour de « qui fait réellement du commerce équitable et qui n’en fait pas ? » et ainsi se doter d’un cadre permettant à de nouveaux acteurs de se lancer de manière un peu plus sécurisée dans ce type de commerce. Cela permettrait aussi au consommateur de distinguer les produits issus ou non du commerce équitable et de servir de référence aux pouvoirs publics désireux de les favoriser dans le cadre d’appels au marché.

La prise en compte du bien-être animal ?

Le lait équitable a fait rentrer un produit issu du monde animal dans le champ de ce commerce solidaire, ce qui à terme obligera les organisations de commerce équitable à détailler des critères relatifs au bien-être animal. Quelle sera la nature du débat entre tenants du commerce équitable, du végétarisme ou du véganisme quand les premiers morceaux de viande « équitables » seront proposés en grandes surfaces ?

La cohabitation des produits « Sud » et des produits « Nord »

Les produits équitables locaux viendront-ils concurrencer les produits équitables provenant habituellement des pays du Sud. C’est ce risque qui avait jusqu’à présent poussé les réseaux de producteurs Fairtrade à ne pas ouvrir la plus connue des labellisations du commerce équitable aux produits du Nord.

Pour des produits comme le café, le cacao, la question ne se pose pas puisque ces produits ne peuvent être cultivés qu’en zones tropicales. Mais pour les fleurs, le vin, le miel ou certains jus de fruits ? Pour le miel, l’offre européenne est inférieure à la demande. Donc tant qu’à faire venir le miel d’ailleurs, autant qu’il soit équitable. Pour le vin et les jus de fruits, typicités organoleptiques et goûts liés aux terroirs mis à part, les bilans carbone et l’empreinte écologique des produits provenant de différentes zones géographiques sont à considérer. Il s’agit là d’un débat bien trop vaste pour être développé ici, d’autant que les modes de productions sont aussi à prendre en considération. Un produit bio issu de l’agroécologie provenant du Sud et transporté par bateau (voire par voilier cargo) pourrait avoir une empreinte écologique moindre qu’un produit venant d’Espagne issu de l’agriculture industrielle.

Concrètement, la « cohabitation » ne semble pour l’instant pas poser trop de problèmes.  A part le remplacement d’un jus de pomme chilien par un jus de pommes belge, Oxfam-Magasins du monde, par exemple, distribue des produits « Nord » complémentaires à sa gamme originelle. Et rêvons un peu, à long terme, le développement parallèle du commerce équitable local dans les pays du Sud pourrait absorber une partie des produits qui ne pourraient plus être commercialisés via la grande exportation.

Depuis sa création, il y a plus de septante ans, le commerce équitable a connu une évolution constante, toujours en quête de plus de pertinence. Il atteint aujourd’hui une dimension universelle, avec des pratiques adaptées aux différents contextes locaux. Gageons que le mouvement international ou le législateur parviendra à maintenir une certaine unité d’approche.

Samuel Poos
Coordinateur du TDC

Photo: Emily Jackson

Le commerce équitable belge et européen

Une étude du TDC
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