Depuis près de huit ans, la coopérative agricole Yeyasso, située dans la région du Bafing en Côte d’Ivoire, collabore avec le Trade for Development Centre (TDC) d’Enabel. De la professionnalisation de sa gestion à l’autonomisation des femmes, en passant par le rêve audacieux d’une chocolaterie artisanale, retour sur le parcours d’une organisation qui porte bien son nom : Yeyasso, « la maison de l’espoir » en langue mahouka.
Créée le 24 août 2006 avec seulement 350 producteurs, la Coopérative agricole Yeyasso a connu une croissance impressionnante. Elle compte aujourd’hui 5 683 membres, dont 688 femmes, répartis sur une quarantaine de villages, pour une production annuelle avoisinant les 7 000 tonnes de café-cacao. Spécialisée dans la production durable et certifiée (Fairtrade, Rainforest Alliance, etc.), elle œuvre également activement pour l’éradication du travail des enfants. Depuis 2017, le TDC accompagne cette structure dynamique à travers plusieurs cycles de coaching et de soutiens financiers, transformant une coopérative locale en un acteur économique structuré et ambitieux.
Une professionnalisation accélérée (2017-2022)
La première phase de collaboration (2017-2019) a permis à Yeyasso de bâtir ses fondations commerciales et marketing. Grâce à cinq modules de coaching, la coopérative s’est dotée d’une identité visuelle forte (logo, site web, supports promotionnels) et a défini sa mission : « Garantir la transparence et l’égalité à tous ses membres pour améliorer année après année leurs conditions de vie ».
Les résultats ne se sont pas fait attendre. La préparation rigoureuse des réunions commerciales a permis de négocier des augmentations de financement significatives auprès de partenaires majeurs comme Olam et Saco, tout en simplifiant les procédures de paiement. En parallèle, l’organisation a obtenu sa certification Fairtrade en 2019, s’ouvrant ainsi les portes du commerce équitable.
Entre 2020 et 2022, dans le cadre du programme Beyond Chocolate, l’accent a été mis sur la modernisation et l’accès aux marchés de niche. Un subside du TDC a permis l’acquisition du logiciel de gestion Gestcoop et de bascules électroniques, garantissant une transparence comptable et des pesées précises, un facteur clé de confiance pour les producteurs. Malgré les défis, Yeyasso a su diversifier ses débouchés en signant un contrat avec l’exportateur Océan et en participant à des salons internationaux comme Chocoa à Amsterdam et le Salon du Chocolat à Paris.
2024-2027 : L’autonomisation des femmes et la diversification
Aujourd’hui, le partenariat entre le TDC et Yeyasso entre dans une nouvelle dimension avec un projet soutenu à hauteur de 90 000 euros jusqu’en 2027. L’objectif est double : l’autonomisation économique des femmes et la création de valeur ajoutée locale.
L’essor des Associations Villageoises d’Épargne et de Crédit (AVEC) Yeyasso s’est donné pour mission de créer neuf associations de femmes pour promouvoir l’inclusion financière et développer des activités génératrices de revenus (culture de manioc, riz, maïs). Les résultats intermédiaires sont prometteurs : en juin 2025, quatre AVEC étaient déjà opérationnelles, touchant 148 membres, dont 97 % de femmes. Ces groupes, équipés et formés grâce au projet, permettent aux femmes d’épargner et d’accéder à des micro-crédits, renforçant leur indépendance au sein de communautés où le taux d’analphabétisme reste élevé.
Le pari de la chocolaterie artisanale
L’ambition la plus marquante de cette nouvelle phase est sans doute le projet de chocolaterie artisanale. Yeyasso souhaite former et insérer des femmes dans une unité de transformation de cacao bio, offrant ainsi un débouché stable et rémunérateur aux 166 producteurs certifiés bio de la coopérative.
Pour soutenir cette vision, la coopérative a su mobiliser des investisseurs sociaux. Un prêt de 400 000 € a été accordé par la SIDI pour la campagne 2024/2025, et l’investisseur Kampani a fourni 150 000 € pour cofinancer la chocolaterie, avec une option de prise de participation minoritaire. Ce projet répond à une volonté de capter plus de valeur ajoutée localement, une idée qui a germé lors des échanges sur les salons européens et qui vise à produire du chocolat « Made in Côte d’Ivoire ».
Renforcer la rigueur financière pour soutenir la croissance
La gestion d’une chocolaterie et de financements importants nécessite une structure organisationnelle irréprochable. C’est pourquoi le coaching actuel du TDC (2025), mené par l’experte Joke Scheldeman, se concentre sur la gestion financière et la gouvernance.
Les sessions de travail ont déjà permis d’élaborer un budget annuel précis pour la campagne 2025-2026, de mettre en place des outils de suivi des stocks et de travailler sur le plan d’affaires de la chocolaterie. L’enjeu est de taille : assurer la liquidité de la coopérative et répondre aux exigences de reporting des bailleurs comme la SIDI.
Les défis à relever
Malgré ces avancées, Yeyasso doit naviguer dans un environnement complexe. La motivation des producteurs pour le cacao biologique s’essouffle parfois face à un différentiel de prix jugé insuffisant (2 300 FCFA pour le bio contre 2 200 FCFA pour le conventionnel). De plus, le manque de fonds de roulement expose la coopérative à la « fuite de produits » vers la Guinée et le Libéria voisins, où les acheteurs paient comptant à des prix parfois plus élevés.
Cependant, la direction de Yeyasso reste résolue. Avec un nouveau slogan « Ensemble pour garantir un avenir meilleur à tous » et une stratégie tournée vers l’innovation et la durabilité, la coopérative démontre que le professionnalisme et l’engagement communautaire sont les clés pour transformer durablement la filière cacao.